Vous vous surprenez d’abord à claquer des doigts, à remuer les épaules et à sourire sur un rythme entraînant. Puis, vos pieds vous tirent vers la piste de danse, quoi qu’en pense votre tête. Ça y est! Comme c’est arrivé à Benjamin Ricard, aujourd’hui propriétaire du studio Port-O-Swing, vous venez de tomber sous l’emprise du swing!

À 21 ans, alors qu’il termine un baccalauréat en génie forestier à l’Université Laval, Benjamin Ricard décide de se lancer dans l’aventure de la création d’une école de danse. Il n’a pourtant fait connaissance avec le swing que deux ans auparavant, totalement par hasard : une de ses amies s’était inscrite à un cours de swing et n’avait pas de partenaire pour l’accompagner. Elle demanda donc à Benjamin et ce dernier lui répondit tout simpement : «Je ne danse pas.» Son amie fut pourtant suffisamment persuasive pour l’entrainer à la première leçon. L’étincelle était née! Les rythmes du swing cadencent maintenant les pas de M. Ricard. Preuve que de petits évènements anodins peuvent grandement modifier le tracé de notre existence.

Comme il l’avait fait lors ses 12 années de ski acrobatique et de ses études collégiales et universitaires, Benjamin se lance à nouveau le défi d’atteindre l’excellence. Dans son aventure du swing, il est nommé, en 2005, champion américain en Advanced Jack & Jill et il remporte aussi le titre le champion du monde avec sa partenaire Geneviève Kérouac. L’année suivante, le duo se classe encore premier aux American Lindy Hop Championships. Ce ne sont que quelques exemples des nombreux prix que sa discipline, sa créativité, sa détermination et un brin de folie lui ont permis de remporter.

Aujourd’hui, il continue de jongler avec l’administration de son école, l’enseignement du swing à travers le monde et la création de nouveaux spectacles. Il cherche à atteindre l’équilibre entre l’art et la réalité des affaires. Malgré les obstacles rencontrés, les blessures et l’insécurité financière, il affirme : «Je ne peux pas imaginer ma vie sans la danse. C’est plus qu’une passion, c’est un style de vie! Le swing possède tout ce dont j’ai besoin; l’activité physique, l’aspect social, le contact humain, le dépassement de soi, l’éthique et l’imaginaire.»

Le 23 et 24 janvier derniers, il a participé à la sensationnelle comédie musicale clownesque Swing Station, présentée à L’Impérial de Québec. Quatre musiciens, une quinzaine de danseurs et une chanteuse ont contribué à en faire un spectacle mémorable. L’orchestre était original, rigolo et talentueux. Les danseur colorés, tragédiens et époustouflants. C’est à Geneviève Kérouac que l’ont doit ce surprenant retour dans le temps du cinéma muet. Des projections vidéos rappelant l’époque de Chaplin, ingénieusement entrecroisées avec les performances des artistes, ont donnés naissance à une création de grande qualité.

D’excellents cours de swing pour tous les niveaux de danseurs sont offerts à l’école Port-O-Swing. Que vous ayez envie de bouger, de découvrir un nouveau type de musique, de rencontrer de nouvelles personnes, de vous défouler de votre semaine stressante, le swing est la solution! Sourire garanti!

Écrivain et metteur en scène, Jacob Wren vit à Montréal où il codirige la compagnie PME-ART. Deuxième livre à être traduit en français aux éditions du Quartanier, La famille se crée en copulant ne ressemble à rien d’autre dans l’univers de la littérature québécoise ou canadienne. Il faut dire que les spectacles de la compagnie PME-ART se situent aussi en marge de ce qu’on voit habituellement au théâtre. De quoi s’agit-il alors? Après Le génie des autres, ce nouveau roman fragmenté, fait de récits et de dialogues brefs, met à l’épreuve un humour pince-sans-rire centré sur la famille, notre rapport au monde actuel, les théories du complot, de même que le rock indépendant. Pas question pour Wren de s’expliquer clairement sur ses sujets de prédilection, mais plutôt une franche envie de mettre en branle une lucidité noire qui s’apparente souvent à une forme d’autodérision pamphlétaire. Il y a d’ailleurs cette phrase en fin d’ouvrage qui porte à réflexion. «Note à moi-même : être cynique et déprimé devant les choses ne les a jamais rendues meilleures». Une œuvre à la fois originale et drôlement déstabilisante.
 

HERMÈS : «Je souhaite Bonne Fortune aux acheteurs qui se présentent maintenant dans la salle de ventes. Nous allons vendre à la criée des vies de philosophes de toute espèce et de doctrines variées. Si l’on ne peut verser l’argent comptant, on paiera l’an prochain moyennant caution». (Vies de philosophes à vendre)

Réjouissez-vous! lecteurs passionnés de littérature antique, car les dialogues les plus savoureux de Lucien de Samosate (IIe siècle de notre ère) viennent de bénéficier de deux très bons recueils (format de poche) aux éditions Belles Lettres. Jouant simultanément sur les plans de la comédie et du dialogue philosophique, ces textes n’ont rien perdu de leur originalité et de leur mordant. L’auteur s’attaque avec verve aux différents travers de l’Homme, qu’il soit philosophe ou non.

De la Renaissance aux Lumières, les écrivains s’abreuvèrent à grandes lampées à cette rutilante source. De Cyrano de Bergerac à Voltaire, en passant par Fontenelle et Fénelon, les influences sont considérables. Lisez (ou relisez) ces classiques qui vous feront sourire et réfléchir.

Après la campagne, la pêche et le métro, c’est au tour de la ville de Québec d’être la toile de fond du sixième tome de la série des aventures de Paul. Toutefois, il ne faut pas croire que Michel Rabagliati utilise ce prétexte pour que son sympathique personnage nous raconte ses meilleurs souvenirs des fêtes du 400e. Au contraire, avec la souffrance et le deuil familial comme enjeux, l’un des bédéistes québécois les plus appréciés du grand public met plutôt en scène les derniers mois de Roland, le père de Lucie et beau-père de Paul, atteint d’un cancer du pancréas. Même si une pareille trame narrative semble assez lourde, Rabagliati possède toujours cette façon bien à lui de parler d’un sujet aussi grave avec une réelle délicatesse, de même qu’un humour subtil qui puise dans les moindres détails du quotidien. Tout au long de Paul à Québec, on comprend que l’auteur, publié aux éditions de La Pastèque, ne cesse de raffiner son art et ramène l’émotion à la hauteur des attentes. Avis aux adeptes, la Bibliothèque Saint-Jean-Baptiste (755, rue Saint-Jean) accueille, jusqu’à la fin du mois, l’exposition L’univers de Paul et autres petites choses.
 

 L’auteure de l’essai No Logo: la tyrannie des marques revient cette fois avec un ouvrage qui décrit en détails les méthodes d’intervention économique des apôtres du néolibéralisme mondial conduit par la fameuse école de Chicago. La stratégie du choc consiste à profiter du traumatisme causé à une population à la suite d’un événement violent (coup d’État, catastrophe naturelle, attentat terroriste, etc.) pour mettre en place, sans opposition, un nouvel ordre économique où doit régner l’entreprise privée et où la démocratie n’a pas sa place. Klein trace un lien étonnant entre cette violence faite aux nations et aux individus torturés dans le but d’être détruits puis «reconditionnés» à adhérer aux idées de leurs bourreaux. Cette théorie de reconstruction du cerveau humain serait née dans un centre de recherche de l’Université McGill financé par la CIA dans les années 50. Au delà du secret dévoilé, le livre éclaire l’histoire des dernières décennies allant de la première expérience désastreuse au Chili en 1973 jusqu’à la récente guerre d’Irak. Lourd, noir, bien documenté, on y sent l’envie de broyer du capitaliste à chaque page. La lecture laisse songeur devant cette idée d’une torture des nations.

Avec Contre-jour, Thomas Pynchon signe l’une des œuvres primordiales de cette rentrée. Bien que déroutant, ce sixième ouvrage de l’Américain, paru dans sa version originale anglaise en 2006, est beaucoup plus facile d’approche que certains de ses livres antérieurs comme Mason & Dixon ou L’Arc-en-ciel de la gravité. Sous la plume captivante de cet écrivain à l’anonymat notoire, on suit ici les aventures de la famille Traverse, à l’aube de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, tel un véritable casse-tête stylistique et intellectuel. Chez Pynchon, le récit semble toujours apte à la moindre digression, à brasser les savoirs ou encore à mieux brouiller les pistes. D’ailleurs, quiconque cherche à résumer cette histoire de l’Ouest américain, propice à «une rébellion de mineurs anarcho-syndicalistes, de fusillades, d’émeutes populaires et de crises existentielles en tous genres», ne peut que se perdre en cours de route. Aussi rocambolesque que démesurée, cette fresque inclassable demeure toutefois un magnifique exemple de ce que la fiction «pynchonienne» peut produire comme monument littéraire. On signale aussi que Mason & Dixon, son titre précédent, doit paraître sous peu en format poche.
 

Ken Follett a conquis le monde avec Les Piliers de la terre (1989), fabuleuse saga qui prenait place dans l’Angleterre du XIIe siècle, au rythme de la construction d’une majestueuse cathédrale gothique. Deux siècles plus tard, autour du même édifice, nous retrouvons les descendants de ces héros, dans la ville fictive de Kingsbridge.
Quatre enfants sont les témoins d’une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d’enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d’Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées… Gwenda la voleuse idéaliste, poursuivra un amour impossible; Caris, qui rêve d’être médecin, devra défier l’autorité de l’Église et renoncer à celui qu’elle aime; Merthin deviendra un constructeur de génie mais, ne pouvant épouser celle qu’il a toujours aimée, partira pour l’Italie pour accomplir son destin d’architecte; son frère cadet Ralph, moine dévoré par l’ambition, deviendra un noble corrompu prêt à tout pour satisfaire sa soif de pouvoir et de vengeance.

Ceux qui ont aimé Les piliers de la terre adoreront la suite. On retrouve les mêmes ingrédients entre l’architecture et l’histoire. C’est un roman d’une finesse et d’une intensité parfaite. Le travail de recherche est impressionnant. Dans un style fluide, Ken Follett forge une fresque haletante, nourrie d’une érudition exceptionnelle. Amours contrariées, coups du sort à répétition, injustice sociale et obscurantisme se mêlent dans cette fresque qui retrace comme jamais la vie quotidienne au Moyen Âge, au temps de la Peste noire.