La récente déclaration de notre ministre de l’Éducation a créé une véritable commotion dans le milieu de l’enseignement et dans le monde de l’édition. Avec la rentrée des classes, Impact Campus s’est entretenu avec Anne-Marie Genest, libraire chez Pantoute, pour lui demander à quoi devrait ressembler toute bonne bibliothèque d’universitaire.

Impact Campus : Selon vous, quels seraient les romans québécois indispensables à toute bibliothèque de jeune universitaire ?

Anne Marie Genest  Anne-Marie Genest : « Prochain épisode de Hubert Aquin pour notre question identitaire; la trilogie Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S de Éric Plamondon pour l’abondance hallucinante d’informations, le côté documentaire qui ne cède pourtant jamais la place à l’émotion; La grande tribu de Victor-Lévy Beaulieu parce qu’il ne faut pas avoir peur de  s’attaquer à des géants et finalement, Document 1 de François Blais parce que, même à l’université, il faut savoir se divertir mais, intelligemment ! »

 IC : Et pour les romans étrangers ?

A. –M. G. : « Tout d’abord, deux romans qui s’imposent comme des poupées gigognes et qui renvoient à des tas d’autres lectures importantes et, parfois, essentielles : Le monde de Charlie de Stephen Chbowsky et Le roman du mariage de Jeffrey Eugenides. Ensuite, Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf, parce que quand ceux qui sont considérés comme la lie de la  société décident d’unir leurs forces, ils peuvent jeter un système entier par terre. »

 IC : Quelles sont vos suggestions d’essais utiles et accessibles pour les étudiants ?

A. –M. G. : « Petit guide d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon parce qu’on se doit de se former une pensée critique même face aux idées énoncées par des professeurs aux  multiples diplômes. De quoi le Québec a-t-il besoin ? dirigé par Marie-France Bazzo et Jean Barbe parce que, en tant qu’étudiants éduqués et, de ce fait, chanceux, on devrait s’appliquer à  utiliser nos connaissances pour rendre le monde meilleur, et pourquoi ne pas commencer par chez nous ? Finalement, La croûte cassée de Mariève Desjardins, un ouvrage de cuisine pour  les petits budgets, pratique et simple, parce que la bonne nourriture est le carburant du cerveau. »

IC : Quels sont vos coups de cœur de l’année 2014, toutes catégories confondues ?

A. –M. G. : « En finir avec Eddy Bellegueule de Edouard Louis qui est un roman percutant sur la différence et l’acceptation de soi; Cet été-là, de Mariko Tamaki, un roman graphique d’une belle sensibilité et Comment peut-on (encore) être une femme de Caitlin Moran, une collection d’essais féministes drôles, vrais et éclairants que toutes (TOUTES!) les femmes devraient lire, et les hommes aussi ! »

IC : Quels sont pour vous les grands classiques qu’il faut avoir lu une fois dans sa vie ?

A. –M. G. : « L’attrape-coeurs de J. D. Salinger. Un roman superbe, vraiment, qu’il ne faudrait jamais renier sous prétexte qu’on a été obligé de le lire au secondaire ! Le comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas parce que c’est un plaisir de lecture et qu’il prône l’idée que la connaissance libère et Orgueil et préjugés de Jane Austen pour la truculence du style et pour se rappeler que Girls ou Sex and the city n’ont rien inventé. »

IC : Si vous aviez cinq livres à conseiller à tout jeune universitaire qui voudrait bien remplir sa bibliothèque, quels livres lui conseilleriez-vous ?

A. –M. G. : « Je pense qu’il est important de se diversifier et de ne pas se cantonner à un style, alors au moins un Dostoievsky (Crimes et châtiments peut-être), une pièce de Shakespeare (probablement Hamlet), un recueil de poésie (de Baudelaire à Émily Dickinson en passant par Patrice Desbiens, il faut trouver celui qui nous convient), un ouvrage de référence en histoire de l’art (nul besoin d’être compliqué mais simplement pour donner quelques notions, une base nécessaire), au moins un ouvrage classique québécois (Michel Tremblay ou Anne Hébert), un roman policier ou de science-fiction, une bonne bande dessinée (Tintin, Spirou ou Astérix ou encore Maus, Watchmen ou Le combat ordinaire de Manu Larcenet) et surtout, surtout un dictionnaire ! »

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Amateurs de science-fiction, l’œuvre de H. G. Wells est incontournable (La machine à explorer le temps et L’île du Docteur Moreau). Du côté historique,  Il est de retour de Timur Vermes décrit avec humour les tribulations d’un Adolf Hitler débarqué d’on ne sait où dans la ville de Berlin en 2011. À la frontière de la fiction historique et du roman d’aventure, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire raconte les péripéties improbables d’Allan, un pensionnaire qui fugue de sa maison de retraite le jour de son anniversaire. À lire avant d’aller en voir l’adaptation cinématographique cet automne. Écrire pour vivre. Conseils pratiques à ceux qui rêvent de vivre pour écrire de Jean-Benoît Nadeau s’impose comme l’un des ouvrages les plus aboutis sur le métier d’auteur et de journaliste pigiste. Au rayon de la bande dessinée, Pyongyang de Guy Delisle, qui présente une incursion dans la Corée du Nord de Kim Jong Il d’un point de vue populaire, vaut le détour.