Après Pyongyang, Shenzhen et Jérusalem, c’est au tour de Québec d’être le décor des récits du bédéiste Guy Delisle. Dans Chroniques de jeunesse, l’auteur de bande dessinée nous raconte son parcours à l’usine de pâte et papier White Birch, emploi étudiant qu’il occupa pendant trois étés. Derrière l’apparente froideur des tonnes de papiers et sous la poussière d’une usine bien connue dans la capitale se cache un récit initiatique des plus touchants. L’entrée dans la vie adulte se fait ici tout en douceur.

Par William Pépin, journaliste web

Chroniques de jeunesse m’est trop personnel pour que je puisse être objectif avec cette critique, même si j’ai tendance à croire que l’objectivité existe plus ou moins dans ce genre de contexte. Guy Delisle revient ici sur son expérience en tant qu’employé d’une usine, emploi d’été qu’il occupa pendant trois ans, en parallèle de ses études. Les similitudes avec ma propre expérience sont nombreuses : j’ai moi-même occupé un emploi pendant plusieurs étés dans une usine à Québec avec mon père et découvert au même moment mon intérêt pour les arts. Lors de ma lecture, j’avais l’impression d’être Guy Delisle ou alors l’impression que Guy Delisle retraçait mon parcours de jeune cégépien.

« Dans nos sociétés modernes, on se trouve les rites de passage que l’on peut. »
C’est ce que s’est dit le jeune étudiant après avoir accompli sans assistance une tâche manuelle plutôt laborieuse. Cette phrase, lourde de sens dans la légèreté du quotidien, résume à elle seule ces chroniques de jeunesse et le thème du passage à la vie adulte qui les sous-tendent. L’usine White Birch constitue l’arche qui mène à cette vie, à cette transformation, tout comme les dessins du bédéiste qui, par leur douce simplicité, illustrent à merveille le parcours du jeune auteur.

En parallèle du récit, Guy Delisle relate sa relation disparate avec son père, où la communication est inexistante. Le jeune homme devra se dépatouiller pour établir ses propres repères, notamment dans l’univers de la bande dessinée où nous assisterons à la naissance de sa passion, à sa découverte d’un monde qui ne demandait qu’à ce qu’on le découvre, sur les étagères de la bibliothèque locale.

Les visages du milieu ouvrier
Guy Delisle possède le talent de restituer la réalité en dessin avec justesse et sensibilité. C’est le cas ici avec le milieu ouvrier qu’il représente dans son quotidien. On sent tout le respect que le bédéiste porte à ces travailleurs de l’ombre. Au fil de ses trois étés à la White Birch, le jeune homme rencontrera différents personnages tous plus éclatés les uns que les autres. Ces personnages, qui émailleront le parcours du bédéiste, apportent beaucoup au rythme du récit en ceci qu’ils ponctuent à divers moments les expériences du jeune homme à l’usine.

La période estivale est peut-être le meilleur moment pour lire Chroniques de jeunesse. Drôle, léger, touchant, c’est une lecture favorable à la détente.