Les corps extraterrestres de Pierre-Luc Landry, à paraître début novembre, sont des objets venant d’ailleurs qui entrent dans l’atmosphère terrestre, ou des personnages qui foutent le bordel avant de disparaître. 

Un représentant pharmaceutique un peu philosophe qui a le blues, un ado introverti dont on a retiré le cœur, et des rêves profonds où ces deux personnages se rencontrent malgré eux, ne départageant pas trop le rêveur du rêvé… C’est dans un univers aussi structuré en surface que foisonnant en profondeur que vous invite Pierre-Luc Landry, détenteur d’un doctorat en études littéraires de l’UL.

Les corps extraterrestres est le deuxième roman du jeune éditeur de La Mèche, une division dynamique des éditions La courte échelle. Et même si Pierre-Luc Landry avoue que le chemin déjà défriché d’une deuxième publication est moins spectaculaire à franchir, il ajoute que cette deuxième pierre posée à l’édifice littéraire est tout aussi, sinon plus satisfaisante encore.

« Publier L’équation du temps (2013) était un processus des plus tumultueux de près de quatre ans, mais ce dernier roman se place différemment, note le cofondateur de la revue littéraire lavalloise Le Crachoir de Flaubert. Comme une façon de confirmer mon chemin, d’affirmer mon envie d’être un écrivain à part entière, de passer ma vie à réfléchir comment créer des choses différentes. » Une envie qui transparaît avec finesse dans ce roman fantasque, qui propose un monde aux lois quelque peu tordues et tronquées par rapport au nôtre.

« C’est un peu comme une longue soirée d’Halloween, où chacun livre la version la plus extrême de soi-même en tout temps. » — Pierre-Luc Landry

Inspiré des romans réalistes magiques contemporains qui ont accompagné la rédaction de sa thèse de doctorat, ou encore de l’inquiétante étrangeté des œuvres du romancier japonais Murakami, Pierre-Luc Landry présente une vision toute personnelle de l’incertitude humaine, avec des personnages, haut perchés dans la folie ordinaire. « C’est un peu comme une longue soirée d’Halloween, où chacun livre la version la plus extrême de soi-même en tout temps. »

Une vision plutôt bien définie, qui ne porte pas la fausse modestie de déterminer un nouveau regard, mais plutôt d’acquiescer devant cette incertitude qui empreigne notre époque et ses gens.

« Je suis quelqu’un qui s’ennuie facilement, laisse tomber l’auteur en riant. Je préfère accumuler les post-its de notes diverses, pour ensuite comprendre comment tout cela peut s’amalgamer, que de faire longs plans descriptifs, chapitre par chapitre. »

Pourtant, la construction des Corps extraterrestres n’a rien de pêle-mêle, présentant une structure élaborée qui mélange poésie et prose, mais avec des frontières définies à la fois simples et efficaces. Dès les premières lignes, le charme du rythme s’impose et notre regard s’emprisonne béatement dans cette histoire aussi légère qu’abondante de sens, tissée d’une main sûre et confiante.

S’il s’agit ici d’un roman issu de réflexions postuniversitaires et qui s’intéresse nécessairement à la notion de recherche-création dans la littérature, Pierre-Luc Landry précise franchement que son œuvre est avant tout « un acte de communication, avec un public cible le plus large possible et [qu’il] préfère toujours le dialogue à la masturbation intellectuelle ». Et c’est réussi.

Dès les premières lignes, le charme du rythme s’impose et notre regard s’emprisonne béatement dans cette histoire aussi légère qu’abondante de sens, tissée d’une main sûre et confiante.

Déjà relancé sur d’autres projets en chantier, on peut dire que le jeune professeur et chercheur au Département de français de la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa semble vivre en tout point en contradiction avec ses personnages, qui n’arrivent nulle part à se sentir à leur place.

On attend d’ailleurs avec impatience le fruit de ses prochaines inspirations qui nous font à tout coup perdre pied, tout en douceur.

En librairie le 4 novembre.

Extrait

« Rêver comme on fuit — le réel et puis tout le reste. Fuir

parce qu’on n’est bien nulle part et qu’on veut voir ailleurs si

on y est. Et parce qu’il faut bien croire en quelque chose.

Quelque chose de beau. Même si on sait qu’il n’y a rien

de vrai. »