On s’enfonçait dans Marécages, premier long-métrage de Guy Édoin, comme dans une épaisse couche d’ennui et de désespoir. Pour son nouveau film, Ville-Marie, le réalisateur québécois a opté pour une approche moins austère et rébarbative, plus dynamique. Le produit final est plus accessible. Mais, somme toute, il n’est guère plus convaincant. 

ville-marieVille-Marie souffre d’un cruel manque de chaleur. La réalisation de Guy Édoin est froide, distante, chirurgicale : d’une infinie lourdeur, qui plonge le spectateur dans une infinie torpeur. On n’entre jamais vraiment dans ce drame choral au ton emprunté et au réalisme raide, détaché, un peu pompeux, dont le scénario ambitieux ne parvient presque jamais à toucher. Ce qui devrait être viscéral y est plutôt beaucoup trop cérébral, comme vidé de sa substance émotive. On nage dans le gris, et l’on s’y noie.

Tous les personnages ont leurs fantômes écrasants, dans Ville-Marie, et ils traînent leur solitude dans la ville sombre. Marie (Pascale Bussières, excellente), infirmière, enchaîne les gardes à l’urgence pour ne pas retrouver son petit appartement désert. Elle partage le chaos des nuits d’hôpital avec Benoît (Louis Champagne, efficace dans un rôle mineur) et Pierre (Patrick Hivon, tout en retenue), deux ambulanciers. Marie et Pierre tentent de fuir leurs démons et de s’oublier dans leur travail ; à demi-mots, ils se comprennent.

On n’entre jamais vraiment dans ce drame choral au ton emprunté et au réalisme raide, détaché, un peu pompeux

Leurs destins seront unis par le drame à ceux de Sophie Bernard (Monica Belluci, magnifique mais trop souvent glaciale), grande actrice européenne en tournage à Montréal, et de son fils Thomas (Aliocha Schneider, un brin agaçant), obsédé par l’idée de découvrir enfin l’identité de son père. Cette quête destructrice est intimement liée au film indigeste que tourne Sophie Bernard, « un mélo avec des bourgeois qui baisent et qui s’engueulent ». Même les spectateurs les moins attentifs devineront le secret que cache l’actrice bien avant qu’elle ne le dévoile à demi.

Le tout forme un ensemble inégal, avec des scènes d’hôpital souvent efficaces et vraies grâce à leur touchante simplicité. Les moments passés sur le plateau de cinéma, compassés au point d’en être parfois ridicules, ne sont pas du même moule : on se croit parfois dans le très mauvais film français sur lequel travaille l’équipe de production !

Ville-Marie n’est pas dénué de fulgurances et de beauté : la scène d’ouverture est d’une rare puissance, le tête-à-tête entre Pascale Bussières et Monica Belluci atteint des sommets, et l’interprétation de Can’t Help Falling in Love par la légende italienne, dans une scène forte, arrache les larmes. Guy Édoin possède un sens inné de l’image, et la direction photo de Serge Desrosiers est splendide. Malheureusement, le tout est empreint d’un maniérisme lassant, d’excès charnels inutiles et d’un cruel manque de vérité et d’incarnation.

2,5/5

Ville-Marie

Guy Édoin

En salles depuis le 9 octobre