Cataonie

François Blais

L’instant même

 

D’un lyrisme des plus singuliers

Si vous connaissez peu la Mauricie, vous serez étonné par la curieuse faune qui peuple le Shawinigan de Cataonie. Un compteur de mots – d’ailleurs, pas plus efficace que le logiciel de Microsoft Word –, une amante prévoyante, une séduisante naine, un honorable vicomte passionné de bassets de Westphalie, une tante docile, une sommité du monde journalistique, un drôle d’universitaire et l’ami Firmin aux bons conseils sont autant de personnages faisant partie de la charmante ribambelle de figures peuplant Cataonie, le petit dernier de François Blais.

On suit, au fil de six nouvelles, le « dandyesque » M. B… narrateur et personnage principal hautement singulier. Ici, oubliez les sempiternelles « chutes » – ou leurs contraires, les fins ouvertes – caractérisant le genre à la manière d’une série télévisée ou d’un journal personnel, chacune des nouvelles s’annoncent comme la « suite (il)logique » de la précédente. On suit donc M. B… dans quoi exactement ? On ne saurait le dire. On l’accompagne principalement dans sa quête d’ascension sociale, on le suit dans ses troublantes lubies, dans ses amours miséricordieuses, ses vengeances meurtrières et ses aspirations politiques. Tout y passe. Et pourtant, pris au jeu, on se laisse complètement aller dans cet univers des plus savoureux. Blais a le talent de nous amener dans un univers intriguant, sans nous y perdre – il s’agit ici d’un véritable tour de force.

On s’amuse beaucoup chez Blais. Ses références populaires et littéraires – Camus, Dostoïevski, Le Journal de Montréal, Placid et Muso, Wednesday Addams (!) et Laure Conan (encore) – sont des clins d’œil que le lecteur averti sera heureux de rencontrer au fil de sa lecture.

Le propos souvent « politically incorrect » sied à merveille à la plume irrévérencieuse de Blais. L’écriture s’y fait trompeuse parce qu’elle entraîne une lecture qui, au premier degré, déride et fait du bien, mais qui devient plus caustique et fait réfléchir au second. À travers les tribulations rocambolesques de son protagoniste loufoque, l’auteur met en lumière quelques travers de notre belle société comme le désir du bien paraître, le besoin de contrôle et la vacuité des relations personnelles.

Le ton plaît beaucoup et le style – aux nombreuses formulations ampoulées – est tout aussi intéressant. Blais a réussi à dépoussiérer le passé simple et le subjonctif, ce qui rend le propos encore plus intriguant puisque le fond contraste avec la forme. Sa plume se fait tantôt taquine et bon enfant, tantôt crue, mordante et corrosive.

Les inconditionnels de François Blais ne seront pas déçus. L’univers de Cataonie bouscule et plaît énormément : on sourit toujours, on rit beaucoup. Un bon recueil de nouvelles qui donne assurément de belles « crampes de joues ».

 

4/5