Chaque jour, trois Québécois s’enlèvent la vie, selon l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) et chaque suicide laisse dans le deuil au moins dix personnes. C’est donc du délicat sujet de l’endeuillement des proches de ces personnes que traite Paroles d’ombre et de lumière. Cette nouvelle production des Treize sera présentée du 15 au 19 mars au Théâtre de poche du pavillon Alphonse-Desjardins.

L’instigatrice du projet, Marina Bélanger, a elle-même vécu ce drame il y a de cela quelques années, ce qui lui a inspiré l’idée de la pièce. Comme il s’était déjà fait beaucoup de projets s’adressant aux gens songeant au suicide et parce qu’elle se retrouvait elle-même dans cette situation, Marina souhaitait plutôt s’adresser aux gens ayant perdu un proche s’étant donné la mort.

Elle a donc approché deux anciens collègues du Baccalauréat en théâtre de l’UL, duquel ils sont tous trois diplômés, Simon Trudeau et Anne-Marie Jean afin qu’ils se joignent à elle, ce qu’ils ont tout de suite accepté.

10 monologues

La pièce propose une série de 10 monologues de personnages variés, allant de l’enfant à la grand-mère, qui montrent les différentes étapes du deuil. Les textes sont basés sur des récits racontés par de véritables personnes touchées par ces drames qui ont accepté de raconter leur histoire au collectif. Les acteurs ont d’ailleurs été choisis pour leur naturel et la vérité de leur jeu puisque l’équipe voulait éviter à tout prix que cela semble trop placé, dirigé.

Parmi ceux-ci, on compte une narratrice, la mort. « Elle se positionne, elle n’est pas d’accord d’aller chercher les gens qui s’enlèvent la vie parce qu’il y a d’autres ressources, d’autres moyens pour s’en sortir », raconte Marina.

Amener du positif

La pièce ne se veut pas lourde, sombre ou triste, au contraire. On vit un passage de l’ombre à la lumière. « C’est un trajet de la mort à la vie, parce que dans la pièce, on voit les gens autour qui reviennent à la vie », explique Marina. On présente donc des éléments sombres que l’on souhaite néanmoins dédramatiser. Les passages plus difficiles sont d’ailleurs tous empreints d’une touche d’humour, selon la co-auteure.

Le projet n’a pas non plus un but pédagogique et Marina souhaite à tout prix éviter que les gens en repartent avec un sentiment de mal-être comme c’est parfois le cas lorsqu’on traite de ce genre de thème. « On veut que les gens sortent avec un certain espoir, une envie de s’en sortir », assure-t-elle.

Après le spectacle, une rencontre avec différents intervenants sera également proposée afin de discuter des sujets abordés. Les auteurs ont d’ailleurs collaboré avec l’AQPS et Deuil-Jeunesse pour que le contenu respecte le plus possible les pratiques de prévention du suicide et d’accompagnement des endeuillés. Le texte a ainsi été lu et approuvé par ces organismes, à la demande de Marina.

Faire changer les choses

Elle-même enseignante dans une école secondaire, Marina Bélanger voit chaque année des élèves affectés par le suicide et a toujours eu l’impression d’avoir les mains attachées, de ne rien pouvoir faire, c’est aussi pourquoi elle a voulu lancer le projet. Bien que la pièce ne pourra pas être présentée dans les écoles, elle espère voir grand nombre d’adolescents au sein du public puisque c’est aussi à eux qu’elle souhaite s’adresser. D’ailleurs, une de ses élèves fait partie de la troupe.

Selon Marina, la présentation de la pièce à l’UL en mars n’est que le début d’une longue aventure. L’équipe compte par la suite la retravailler et éventuellement se lancer dans une tournée, le spectacle ayant été conçu dans ce but.

Pour réserver des billets au coût de 14$ en prévente, écrire à [email protected]. Pour de l’aide ou des conseils au sujet du suicide, composez le 1-866-APPELLE (277-3553).