Le public était scindé en deux, rappelant l’Assemblé Nationale. Avant même d’avoir posé ses fesses, on se sent déjà dans l’arène politique. Parce qu’il s’agit bien ici d’une arène, il ne faut pas l’oublier. Faire de la politique, c’est un combat de tous les jours, non seulement contre les autres partis ou les médias, mais aussi contre soi-même. Les Écornifleuses font ici honneur à leur mission de produire du théâtre actuel.  Les élections municipales tombaient à pic. Portrait d’une pièce au réalisme troublant et réussi.

Paul Dubé

La pièce raconte les trois dernières semaines tourmentées de la course électorale du Parti Travailliste en 1992 en Angleterre. L’auteur, David Hare, s’attaque habilement au système politique en le décrivant avec une précision chirurgicale, pour mieux en ressortir les absurdités. Monsieur Hare a l’habitude de s’attaquer aux grands systèmes sociaux de ce monde comme la religion et le monde juridique. Bien qu’écrit en Angleterre, la traduction ici utilisée donne l’impression que tout se déroule quelque part au Québec. On cherche à rejoindre les gens, c’est limpide. Procédé évident à la longue, mais on s’en fout : ça marche.

Les comédiens, jouant une campagne électorale fictive, réussissent là où les vrais politiciens échouent, dans leur campagne réelle : on les croient sincères. Performance solide des comédiens. On nous sort du monde où les mots démocratie  ou liberté sont salis par les uns et javellisés par les autres, jusqu’au sortir de la sécheuse dans un format qui ne fait plus  à personne.  Grâce à la mise en scène d’Édith Patenaude, on devient témoin de ce chaos qu’est la vie politique en le voyant débouler sur scène. À plusieurs moments dans la pièce, le spectateur doit choisir quelle conversation il tient à suivre parce qu’il y a deux ou trois en même temps.

On est loin du récit américain où un parti minable au départ remporte tout à la fin. Non, ils perdent, c’est écrit dans le programme. On n’y va pas pour savoir qui gagne, on y va parce qu’on veut les connaître ses politiciens, malgré tout leurs travers. En outre, la pièce arrive à humaniser des gens qu’on piétine à l’année. Le travail de scénographe de Gabrielle Arsenault, fraichement sortie du Conservatoire de Québec, permet que plus de gens possible soit près de l’action, chose fort appréciée parce que peu commune au Trident. De rares scènes m’ont semblé longues pour rien, mais ce fut un spectacle très réussi. Chapeau à toute l’équipe. En quelque sorte, je suis sorti de la salle avec l’impression agréable d’avoir gagné mes élections. Le Théâtre du Trident présente  L’Absence de guerre  du 5 novembre au 30 novembre.