Peu de gens le savent, mais l’Université Laval possède une centaine d’œuvres d’art public. Au détour d’un pavillon, on peut se retrouver nez à nez avec un Jean-Paul Lemieux ou un Jordi Bonet, voire un Armand Vaillancourt. Des fresques aux peintures, en passant par les statues monumentales et les bas-reliefs, le campus est une galerie à ciel ouvert.

Aussi massives puissent-elles être, ces œuvres passent souvent inaperçues. Elles font partie des meubles, dira-t-on. « Je trouve ça toujours fascinant à quel point elles peuvent sembler invisibles », s’étonne Benoît Durand, bachelier en histoire de l’art.

Nous sommes quelques-uns à faire la visite proposée par le Bureau de la vie étudiante (BVE) depuis 2008. Cette initiative du Comité de rayonnement de l’art à l’Université Laval (CRAUL) vise à « mettre en valeur l’art sur le campus, de permettre aux gens d’y avoir accès » et à « amener les gens à porter attention aux œuvres autour d’eux », affirme Annie Raymond, conseillère à la vie étudiante au BVE. Depuis sa création, le comité a mis sur pied un dépliant, quelques visites dont une activité de géocaching, un répertoire des œuvres de même qu’un site web.

Un art osé, mais mal-aimé

Avant de nous fait découvrir les morceaux les plus marquants de cet étonnant corpus, notre guide Marie-Claire Tremblay nous met au parfum. Aux yeux de la bachelière en histoire de l’art et diplômée en muséologie, l’art public est une forme d’expression fondamentalement accessible. « C’est un art qui ose s’immiscer dans le quotidien des gens et qui essaie d’atteindre un peu tout le monde », affirme-t-elle.

En milieu universitaire, l’art public fait bien plus qu’agrémenter le quotidien. Selon Annie Gérin, professeure en histoire de l’art de l’UQAM, cette forme artistique « rend]les professeurs et les étudiants familiers avec la création ». La dimension esthétique n’est pas non plus à négliger selon elle, car « la présence d’art public humanise [les campus] et les rend plus agréables ».

« Mais l’art public ne réussit pas toujours à toucher les gens. C’est souvent un art hyper malaimé, entre autres parce que c’est lié au politique », poursuit la guide. C’est que chaque projet d’aménagement, de construction ou de rénovation d’édifices publics doit consacrer 1 % de son budget à un projet d’art public. En ces temps d’austérité, les investissements en matière d’art public peuvent être mal perçus, surtout lorsque les coûts d’une œuvre sont rendus publics, ajoute Marie-Claire Tremblay. D’où la pertinence de la médiation culturelle, notamment à l’Université Laval.

Suivez le guide

Du Bonenfant au Desjardins, en passant par le Pouliot, le Vandry et le Price, Marie-Claire Tremblay nous présente quelques-unes des principales œuvres d’art du campus. D’abord, le Jordi Bonet qui garde la bibliothèque des sciences sociales depuis 1966. La sculpture Les nations / Conséquences est de celles qu’on ne remarque pas nécessairement au premier coup d’œil. Pourtant, il s’agit là du travail de l’artiste catalano-québécois à qui l’on doit la gigantesque murale du Grand Théâtre.

Un peu plus tard, nous nous retrouvons plantés devant la murale du Pouliot. « Si je me faisais parler d’art public sur le campus, c’est celle-ci qui viendrait à mon esprit », avoue Benoît Durand. Et avec raison : L’Homme devant la science de Jordi Bonet a doit quoi marquer les esprits. L’œuvre aux 3 581 carreaux de céramique représente un « homme-femme qui lance l’oiseau qui est un symbole de l’envol de l’imagination, de la créativité, de la pensée, de la recherche et de la connaissance », commente notre guide.

Les étudiants en médecine le savent : l’Université Laval possède son Jean-Paul Lemieux. La Médecine à Québec, commandée au peintre moderne à la construction du Vandry en 1957, est également familière aux étudiants en histoire de l’art. La toile « est intégrée aux initiations d’histoire de l’art dans la plupart des cohortes. Souvent, on demande aux étudiants de faire une lecture artistique, historique et sociale de l’œuvre », se souvient Benoît Durand.

Réflexions autour de l’art public

Entre deux courts exposés, notre guide brosse le portrait de la pratique de cette forme d’art. Contrairement à ce qu’on l’on pourrait croire, « un artiste n’a pas nécessairement une formation pour faire de l’art public », reconnaît Marie-Claire Tremblay. « Il est habitué de travailler avec des matériaux qui vont à l’intérieur », et non à l’extérieur, ni de travailler comme chargés de projets, poursuit la diplômée en muséologie. « C’est tout récemment, cette année, qu’une formation a été créée, un microprogramme à l’Université Laval, à la Fabrique, pour donner des outils aux artistes ». Le programme se donne un été sur deux depuis cette année.

Si l’art public n’est pas très présent dans le cursus d’histoire de l’art, laisse entendre Benoît Durand, tout ce qui entoure la réalisation de l’œuvre comme les concours et les subventions le sont encore moins. « Ce sont des considérations qui n’ont pas lieu en galerie ou en musée, donc on ne voit pas ça dans nos cours », [affirme] Michelle Drapeau, étudiante au baccalauréat en histoire de l’art.

La question de la place de l’art à l’extérieur des musées se pose également. « Dans le contexte actuel, il y a la médiation culturelle qui se fait à l’extérieur du musée. Est-ce que c’est ça l’avenir, d’aller chercher les gens directement dans leur quotidien pour leur parler de culture, pour les amener dans les musées ? », lance notre guide. Avec la popularité des Passages insolites de cet été, on serait porté à dire que oui.