La coopération était à l’honneur mercredi soir dernier au Théâtre de la Cité universitaire du pavillon Palasis-Prince lors de l’arrêt à l’Université Laval de la tournée québécoise Coopératives d’ici: notre empreinte sur le monde. L’événement mêlant activité de réseautage, présentation de vidéos et discours d‘acteurs du milieu culminait en fin de parcours avec la conférence humoristique de Guillaume Wagner.

Celui-ci est venu faire rire le public, bien sûr, mais surtout lui parler du projet auquel il prend part et dont il est le président, la Coop Mobilo.

La soirée débutait tout près du hall d’entrée du Palasis-Prince avec une période de discussion et de rencontre favorisant le réseautage entre étudiants et entrepreneurs coopératifs.  

Invités ensuite à se déplacer dans la salle de spectacle, les participants ont eu droit à de réelles découvertes lors de la conférence animée par Jessica Provencher, entrepreneure à La Barberie. Le principe de coopérative est très peu connue des gens de la jeune génération, et ce, malgré le fait qu’elle en partage les principales valeurs et qu’elle a généralement le goût d’entreprendre. Des représentants du milieu leur ont donc parlé du potentiel de ce type d’initiative.  

Suite à une sélection de vidéos montrant des coopératives québécoises florissantes, dont la microbrasserie Les Grands Bois à Saint-Casimir, l’humoriste Guillaume Wagner montait sur scène afin de livrer un numéro critiquant les travers de la société actuelle. 

Se défaire des limites de l’industrie   

Wagner, qui lançait en 2016 le Dr. Mobilo Aquafest, projet à l’origine de la Coop Mobilo, avec Virginie Fortin, Adib Alkhalidey et le duo Sèxe Illégal (Mathieu Séguin et Philippe Cigna), quatre collègues du monde de l’humour, avoue avoir été surpris d’être approché pour figurer dans ce type d’événement. « Oui, on a une coopérative, mais je ne savais pas que c’était aussi connu, affirme-t-il d’emblée. On vient de la démarrer, je ne me considère pas comme un spécialiste de ça. Au début, je n’étais pas sûr. »

Il reconnait que sa visibilité médiatique peut néanmoins servir à montrer qu’une coopérative peut avoir du succès, à la crédibiliser auprès de jeunes entrepreneurs en devenir. 

Après avoir présenté un numéro acerbe envers les millenials à l’individualisme débilitant, il se refuse de les blâmer pour leur relative méconnaissance de la coop. Seraient-ils trop peu informés à ce sujet? « Je serais mal placé de dire oui, parce que nous, avant de partir une coopérative, on savait que ça existait, mais on ne savait pas comment ça fonctionnait, si c’était possible pour nous, si ça pouvait être viable et envisageable », nuance l’humoriste.   

La Coop Mobilo, qui compte aujourd’hui huit membres, est née d’une volonté de s’offrir un moyen de création en parallèle d’une industrie de l’humour tout-puissante au Québec. Un milieu compétitif où l’on voit se côtoyer et s’affronter des humoristes devenus de véritables « PME ambulantes », selon Wagner. « On voulait que personne n’ait le moyen de sucer tout notre argent et faire quelque chose d’artistique, de libre, et ne pas se casser la tête avec la croissance économique infinie. »  

L’alternative originale qu’a trouvé la Coop Mobilo pour faire de l’humour et pour le diffuser n’a pas été bien reçue par les gens de l’industrie, aux dires de l’artiste au cours de sa conférence. On se garderait même de parler d’eux dans certains bureaux. « Une manière un peu dinosaure de prendre la nouveauté », laisse-t-il tomber. Les amateurs d’humour émergent ou alternatif ne semblent pas aussi frileux. 

Le succès au rendez-vous 

Mobilo fait découvrir de nouveaux artistes, de nouveaux genres d’humour et les gens semblent leur faire confiance. Après le beau succès des deux premières éditions, l’équipe en est déjà à planifier celle de 2018.  

Notant que la Coop n’a pas encore entièrement les moyens de ses ambitions. Guillaume Wagner signale qu’à terme, elle voudrait prendre de l’expansion, produire les tournées de ses membres, mais également des émissions de télévision et de radio. « On n’a pas la structure pour ça, on n’a pas les reins pour ça, explique-t-il. Ça prend beaucoup de gens, d’employés. On n’est pas à une étape où on peut se permettre de se planter royalement. » L’équipe place donc ses pions tranquillement, s’appuyant sur la popularité de son festival où il y a déjà une bonne vibe selon l’humoriste. 

Juste pour rire et l’affaire Rozon 

Ce n’est pas nécessairement un mécontentement envers l’industrie de l’humour et Juste pour rire qui a mené à la création de la Coop Mobilo, seulement la conscience aigue qu’une alternative était souhaitable. « Dès qu’on arrivait avec quelque chose de plus champ gauche, ça ne cadrait pas là-dedans, lance Wagner. Tu te sentais comme si toi t’étais pas bon, comme si toi t’étais pas valable dans cette industrie-là. » 

« Gilbert [Rozon], ce n’est pas quelqu’un que j’apprécie particulièrement, mais Juste pour rire en tant que tel, c’est une belle entreprise, continue-t-il. Une belle entreprise mainstream pour l’humour mainstream. » 

Le soir de l’événement, Guillaume Wagner a lancé une bombe sur les médias sociaux: des allégations d’agressions sexuelles ciblant le président-fondateur du festival montréalais. Le Devoir et le 98,5 FM, qui enquêtaient déjà sur le sujet, ont publié quelques heures plus tard les témoignages de neuf femmes accusant l’homme d’affaires d’agression et de harcèlement. Il a démissionné de ses nombreuses fonctions le soir même.