Du 11 au 14 avril, les Corps Étrangers, la troupe facultaire de médecine, ont tenu les représentations de leur dernier projet, Huit femmes, revampant la pièce de Robert Thomas créée il y a 60 ans.

Au premier coup d’œil, le portrait est rafraichissant, floral : huit jeunes femmes accoutrées selon la mode des années 50, et campées dans leur archétype respectif – mentionnons, notamment, celui de la demoiselle studieuse et rangée, celui de la putain et celui de la femme névrosée. Le décor de Marie-Sophie Bouchard demeure presque intouché tout au long de la représentation, lui conférant une aura de scène de crime. L’auditoire tient lieu de jury et assiste, pour ainsi dire, aux salves d’accusations que s’adressent les personnages entre elles. Celles-ci se voient éventuellement toutes reconnaître un motif plausible relativement à une affaire de meurtre survenue en la demeure où elles se trouvent. Les agissements de chacune sont passés au crible.

Une mise en scène sobre laissant le champ libre à l’intrigue

La mise en scène de Joëlle Bourdon, toute en sobriété, comprend notamment quelques transitions musicales de même qu’un éclairage généreux, inondant le salon mondain dans lequel se tient le huis-clos et révélant les moindres modulations dans l’expression faciale des actrices. Un tel choix s’avère judicieux relativement à la soif de vérité que cherchent à étancher les personnages : la lumière est ainsi faite progressivement sur l’issue de cette affaire sordide.

Sans doute cette sobriété dans la mise en scène visait-elle à diriger toute l’attention sur l’intrigue efficace du texte de Robert Thomas. L’espace exigu du Théâtre de Poche se resserre sur l’auditoire alors que gronde dans la salle l’éventualité que la meurtrière, qui qu’elle soit, récidive et s’en prenne à quelqu’une d’autre…

Le talent est indéniable chez l’ensemble des membres de la distribution – soulignons celui d’Elizabeth Richard en demoiselle ingénue, de Pascale Laveault-Allard en épouse contrariée, et d’Émilie Perron en « mamy » aux facultés rongées par l’âge dont les moindres interventions soulèvent le rire chez les spectateurs-rices. L’impression d’un portrait global morcelé émane toutefois de cette distribution dynamique, alors que le jeu de chacune des actrices se cantonne dans un registre différent, certaines arborant des manières presque clownesques tandis que d’autres font dans le minimalisme. Néanmoins, le-la spectateur-rice se plaît à promener son regard sur la scène d’ensemble et à constater combien chacune demeure mobilisée du début à la fin, prêtant une écoute attentive et soutenue aux paroles prolifiques de ses comparses.

Pascale Laveault-Allard, présidente des Corps Étrangers, affirme que la troupe affiche sciemment une large accessibilité à l’égard de l’ensemble des étudiants-es en médecine. Ainsi, quiconque au sein de la faculté souhaite prendre part au projet de théâtre de la troupe a la possibilité de le faire, quelle que soit son expérience théâtrale.

Un texte exigeant

Un tel morcellement ne rend pas justice à la connivence pourtant perceptible au sein de la troupe. Pascale Laveault-Allard mentionne que le texte a commandé un niveau d’investissement considérable de leur part. À cet effet, elle rapporte que le travail relatif à la pièce comprenait « beaucoup de gestion d’espace et de déplacement. Il y a autant de travail dans l’apprentissage du texte que dans la chorégraphie scénique. Et puis, il y a tellement d’énergie dans cette pièce, ça demande beaucoup d’investissement dès la première réplique ».

Le texte de Robert Thomas questionne aussi quant au fait que des personnages féminins se voient attribuer certains gestes : en effet, intuitivement, on est interloqué-e à l’idée qu’une femme soit l’autrice d’un meurtre. Bien que quelques tentatives en matière d’enrichissement de l’imaginaire féminin soient ébauchées, les personnages plaqués, dépourvus de nuances dépeints par Thomas minent quelque peu de tels efforts.