La prochaine saison de la troupe de théâtre des Treize se compose de quatre pièces qui ont toutes en commun une quête de sens nourrie par le questionnement. Portrait d’une saison aux accents de vérité et d’humanité que l’on pourra voir au Théâtre de Poche du Pavillon Maurice-Pollack cet hiver.

Dissidents

L’hiver débute en force avec le plus récent opus de Philippe Ducros, Dissidents, qui prendra l’affiche du 5 au 9 février. La mise en scène sera assurée par Marjolaine Guilbert dont on a pu constater les talents à l’automne dernier alors qu’elle assurait la mise en scène de Robin et Marion, toujours aux Treize. Dissidents, pièce finaliste au Prix du Gouverneur-Général en 2012, raconte le séjour en prison d’un homme que visitent un psychologue, une femme et une fillette. Tous trois confrontent le prisonnier afin de faire la lumière sur les actes criminels qu’il aurait commis. Le crime en lui-même est flou; en vérité, seules importent les interactions entre les personnages qui sont tour à tour manipulateurs et manipulés. Entre le doute et l’espoir, au fil de ses réflexions sur les déroutes du monde, le prisonnier lâche un cri et exprime ainsi sa marginalité.

Et si les sanglots t’étouffaient?

À Dissidents succède une pièce qui s’inscrit dans la lignée des Ionesco, Sartre et Beckett. Autant dire que les courants théâtraux d’après-guerre – l’absurde et l’existentialisme – ont laissé une forte empreinte sur le processus créatif de Virginie Lachapelle, auteure de Et si les sanglots t’étouffaient? Le texte se construit autour des confidences et des questionnements des deux personnages principaux que le hasard réunit. Intemporelle par son message et rappelant En attendant Godot dans sa prémisse de départ, la pièce aborde la solitude de plein front. Selon l’auteure, « dans la société d’aujourd’hui, l’isolement s’est vu accentué par l’éclatement de la communication et par notre mode de vie axé sur la performance. Ma pièce se veut une amorce de réflexion sur la situation. Pour moi, c’est une manière d’extérioriser mes craintes face à ce futur, mais aussi une invitation à trouver une solution. » Cette seconde œuvre théâtrale de Virginie Lachapelle sera présentée du 19 au 23 février, dans une mise en scène de Chantal Prud’homme.

L’imposture

Du 12 au 16 mars, ce sera au tour de L’imposture, texte de la dramaturge et écrivaine Évelyne de la Chenelière, de faire vibrer le public. Mise en scène par Émilie Rioux, la pièce s’articule autour d’Ève, auteure et mère de deux enfants, dont la vie bascule alors qu’elle fait assumer à son fils Léo la paternité de son roman. Aux dires de la metteure en scène, la pièce met au jour « le sentiment d’être un imposteur dans sa propre vie au sens où on vit une existence qu’on n’a pas choisi, qu’on a pas envie de vivre. » Cette imposture, elle revêt plusieurs formes et se décante au fil des épisodes qui s’enchaînent dans le désordre, révélant ainsi une vision sévère des médias, de la culture et de la vie familiale. « C’est critique, c’est intelligent, c’est ludique et ça punche. C’est une pièce qui crie fort » nous assure celle qui signe à l’occasion sa première collaboration scénique avec la troupe universitaire. C’est justement parce que la pièce commande de nombreux retours dans le temps que la mise en scène se fera tout en mouvement, dans un style minimaliste, le tout accompagné d’une musique originale de Mathilde Côté. La pièce teintée d’humour et de questionnements existentiels s’annonce criante de vérité et promet de ne laisser personne indifférent.

Baiseries

Chez les Treize, l’hiver se terminera avec Baiseries, première pièce de Jean-Philippe Baril Guérard au titre plus qu’équivoque. Le texte nous fait assister aux pérégrinations d’Anne-Marie, jeune femme qui découvre de façon brutale l’infidélité de son petit ami de longue date. Nouvellement célibataire, elle se noie dans une mer de jeunes amants afin de mieux oublier la douloureuse rupture. Difficile de dire si la suite de « baiseries » auxquelles le public assistera l’aidera à s’en sortir. Tout aussi difficile de prévoir si l’aide que lui apportent ses proches – en l’occurrence son frère et une collègue – la mènera vers mieux ou vers le pire. Ce portrait de la sexualité des jeunes adultes sera mis en scène par le comédien Jean-Nicholas Marquis qu’on a vu notamment dans Ubu roi au Théâtre de la Bordée en 2004 et dans Caligula au Théâtre du Trident en 2010. Marquis sera aussi aux commandes de la conception sonore et de l’éclairage de cette œuvre débordante d’authenticité. Baiseries sera présenté du 26 au 30 mars, toujours sur les planches du Théâtre de Poche.