Vêtus d’habits chics et sobres, les étudiants de la classe de chant de Patricia Fournier entrent tour à tour en scène. La voix puissante de chacun des interprètes rive les spectateurs à leur chaise. Le silence dans la salle est complet, interrompu uniquement par des applaudissements fournis entre chaque performance. Place à l’opéra.

En un peu moins de deux heures, les onze étudiants du baccalauréat et de la maîtrise en musique – interprétation chant classique – font revivre les pièces de nombreux compositeurs reconnus. Allant de Bach, à Mozart, en passant, entre autres, par Händel, Rossini, Stauss et Puccini, les airs lyriques résonnent dans la salle Henri-Gagnon.

Qu’importe si la plupart des pièces sont en italien ou en allemand, les chanteurs les interprètent avec tant d’intensité que le spectateur se sent transporté dans leur histoire. Douleur, détresse, drame, puis, espoir et bonheur, le public, conquis d’avance, passe par toute une gamme d’émotions.

Un concert pour « casser » les pièces

L’un des moments forts de la soirée est l’impressionnante interprétation de l’une des plus célèbres pièces de Mozart, Der hölle Rache, tirée de l’opéra Die Zauberflöte (La flûte enchantée) par la finissante à la maîtrise Roxanne Bédard. La pièce fait partie du répertoire de 12 chansons que la jeune femme présentera à son examen de fin d’année.

Un concert comme celui-ci permet en fait aux étudiants de « casser » leurs pièces, c’est-à-dire de les présenter pour la première fois devant public afin de tester leur interprétation et de réduire le stress lors de l’examen. Les chanteurs apprivoisent également leur stress en travaillant la pièce devant leur classe à certaines occasions.

Roxanne, qui a découvert sa passion pour le chant à l’âge de 8 ans, vise à partir en Europe dès septembre prochain pour une année de perfectionnement dans un studio d’opéra. « Le milieu des arts lyriques est limité, même saturé à Québec, estime la chanteuse. Il y en a beaucoup qui partent à Montréal pour continuer, mais, même là, il n’y a pas beaucoup d’opportunités pour la relève. En Europe, les opportunités sont différentes et plus nombreuses, parce que ça fonctionne encore bien là-bas et que tout est plus proche. »

Comprendre pour mieux interpréter

Roxanne Bédard, comme plusieurs étudiants en chant classique, suit présentement des cours d’allemand. « On a quelques cours hors bac à prendre, et les profs recommandent vraiment de prendre des cours de langue pour nous aider à comprendre ce qu’on chante », explique-t-elle.

Sa collègue Jennifer Blackburn, finissante au baccalauréat, suit son exemple. Lire la traduction de Vado, ma dove, de Mozart l’a d’ailleurs aidé dans son interprétation.« C’est l’histoire d’une femme prise dans une situation dont elle ne sait pas comment sortir », raconte-t-elle. La chanteuse tente donc de faire ressortir cette émotion en chantant.

Les concerts sont, pour elle, une bonne façon de développer une expérience scénique pour la suite des choses. L’étudiante, qui a déjà réalisé un DEC en musique au collège d’Alma, compte également continuer à la maîtrise.

Du rock à l’opéra

Tout comme Jennifer, Jonathan Gagné a réalisé un DEC en musique avant de commencer son parcours universitaire. À cette époque, le chanteur s’intéressait surtout au rock. C’est sa professeure de chant qui lui a donné la piqûre du chant classique. Elle l’a encouragé à poursuivre dans ce domaine, affirmant qu’il avait le potentiel pour réussir. C’est ainsi que sa passion pour la musique classique a surpassé celle pour le rock.

Une fois sa dernière année de bac complétée, il compte donc se concentrer sur la préparation de ses auditions pour des maisons d’opéra en Europe ou aux États-Unis, où il aimerait débuter. « Ici, le milieu est un peu hermétique, donc c’est mieux d’aller faire son nom ailleurs. La réussite est un peu associée à l’itinérance du chanteur », estime-t-il.

Même s’il se concentre surtout sur son avenir en chant classique, Jonathan continue à cultiver son intérêt pour le rock avec son groupe Noésis, qu’il a formé au cégep avec des collègues. Le premier album du groupe est paru cet été, ce qui représente la réalisation d’un rêve d’enfant pour Jonathan.

Ses deux passions s’entremêlent. Un soir, il peut être en spectacle avec son groupe à chanter du rock progressif et, le lendemain, en concert de chant classique. « La plus grande différence entre les deux, c’est qu’à l’opéra, on n’a pas de micro. On doit avoir une respiration saine et utiliser toute son énergie pour chanter avec l’orchestre », souligne-t-il.

Pour lui, l’opéra est en fait du « théâtre chanté », alors que les chansons servent à faire passer des émotions. « C’est 50 % de jeu et 50 % de chant. Le côté scénique est de plus en plus important en opéra. On a le souci d’être réel dans le jeu et la mise en scène, comme dans un film », assure celui qui répète environ deux heures par jour.