Cette adaptation, entièrement jouée dans la langue classique, a de quoi faire rêver les spectateurs pendant plus de trois heures. Même si l’histoire originale se déroule à Vérone, en Italie, le décor épuré et les costumes de l’adaptation d’Olivier Lépine ajoutent à l’intemporalité de l’histoire d’amour des deux protagonistes.

Effectivement, oublions les grandes robes et les collants de la Renaissance. Les costumes de la pièce sont essentiellement constitués de complets noirs ou gris pour les hommes et de robes dans les mêmes tons pour les femmes. Steve Gagnon (Roméo) et Alexandrine Warren (Juliette) insistent sur le fait que cette histoire peut facilement être transposée à différentes époques: «Les histoires d'amour se ressemblent toutes dans un sens ou dans l'autre. Si on s'en tient au vif du sujet, à la prémisse de l'histoire, les rivalités entre familles, entre gangs ou entre regroupements sont encore un sujet chaud de l'actualité. L'honneur détient encore, malheureusement, une place importante au palmarès des valeurs sociales. Le suicide est au cœur même de notre communauté et nous ne semblons pas encore avoir trouver le moyen d'y remédier», expliquent les deux comédiens.

Un défi de taille

Un simple regard lors d’une soirée costumée et le destin tragique des deux adolescents est déjà tracé. Pour Steve Gagnon et Alexandrine Warren, jouer deux rôles bien connus du public, est un gros défi: «C’est toute une pression de donner vie à ces deux jeunes amants si connus du monde entier. Nous savons que l'attente est grande, que les idées préconçues de ce que devraient être Juliette et Roméo existent bel et bien dans la tête des spectateurs», concèdent les deux interprètes.

Cette œuvre universelle a su transgresser les siècles et a fait l’objet de plusieurs adaptations tant au théâtre, au ballet, à l’opéra, qu’au cinéma. Pourtant, aucun des deux comédiens ne s’est inspiré d’œuvres précédentes pour camper leur personnage: «Avec Olivier (Lépine), nous avons discuté des différentes façons de voir ces personnages. Au final, je crois que nous proposons une nouvelle version, peut-être moins axée sur la jolie jeunesse de l'enfance, mais bien dans la dureté cruelle des espoirs de l'adolescence, dans l'importance de vivre le moment présent», déclarent-ils d’un commun accord.

Les deux comédiens espèrent tout de même que les spectateurs accepteront de voir leur version de l’épopée fatale des amoureux légendaires et ne s’arrêteront pas au parler relevé de la pièce. «Il faut arrêter de croire que la langue classique n'est pas accessible. Il faut se laisser porter par l'histoire, accepter de ne pas tout comprendre. Le théâtre est un bon endroit pour célébrer la complexité de la langue, le moment où l'on se permet de sortir du commun et de donner à des personnages ordinaires, un langage extraordinaire», concluent Steve et Alexandrine.