La troupe théâtrale les Treize fête ses 65 ans en 2014. Au fil des saisons, la troupe semi-professionnelle a accueilli des comédiens amateurs venant de tous horizons. Impact Campus est parti à la rencontre de tous ceux qui font vivre la troupe dans chaque étape de la production, de l’idée d’une pièce à la première. 

Certes, l’idée de monter une pièce vient souvent d’une affection pour une œuvre, mais surtout d’une envie de s’essayer aux Treize. Pour une première mise en scène ou pour expérimenter, la troupe est la place idéale pour Marjolaine Guilbert. La metteure en scène professionnelle n’hésite pas à revenir aux Treize pour « créer rapidement ». Ce qui l’a tout de suite séduite, c’est la contrainte de temps et la rapidité du processus. « Les Treize nous donne quand même une structure où au bout de quelques mois, on peut déjà voir les réussites et les échecs de notre travail. Dans le milieu professionnel, ça prendrait un an ou deux », reconnaît l’habituée de la troupe.

Du concept à la programmation

Lorsque les metteurs en scène ont l’idée d’un projet, ils peuvent la déposer aux Treize pour la saison d’automne ou d’hiver. Le conseil d’administration sélectionne « quatre ou cinq spectacles en fonction de leur faisabilité, leur budget et leur intérêt artistique », soutient Maude Bégin-Robitaille, membre qui a déjà fait partie du comité de sélection.

Une fois leur pièce choisie, les metteurs en scène devront convaincre les acteurs de rejoindre leur projet, notamment lors de la foire aux auditions. « On veut plaire, oui, mais c’est aussi le moment où on va présenter honnêtement notre façon de travailler. Ça évite les désistements d’acteurs qui peuvent être déçus une fois arrivés dans la préparation », précise Marjolaine Guilbert. Une fois la foire terminée, les comédiens peuvent s’inscrire aux spectacles qui les intéressent pour passer les auditions.

L’adrénaline des auditions

Du côté des acteurs, intégrer un projet n’est pas juste une activité récréative, c’est un véritable engagement. Geneviève Messier, étudiante au certificat en histoire de l’art, en est à sa troisième pièce aux Treize. Pour elle, les auditions ne sont pas stressantes, étant convaincue qu’à ce moment-là, c’est « l’énergie du théâtre qui embarque ». Elle renchérit : « À force d’en faire, on est nous-même et on est capable de donner une certaine performance. »

Une façon de voir les auditions que Gabrielle Doiron ne partage pas. Étudiante au Cégep Garneau, elle a pu intégrer la troupe grâce au quota des Treize qui permet accueillir 50% d’étudiants de l’Université Laval et 50% de personnes venant de l’extérieur. « Moi, les auditions me stressent vraiment, car je suis déjà anxieuse à la base. Dès les premières lectures, il faut être convaincant avec ses émotions et ce n’est pas forcément facile », avoue-t-elle.

Les Treize multitâches 

Tous les metteurs en scène le savent : monter une pièce de théâtre demande du temps, de l’organisation et un investissement personnel considérable. Ce sont des critères qu’ils recherchent tout de suite chez leurs acteurs, car les quatre mois de préparation passent vite. Il n’est pas toujours évident de concilier les horaires de tous quand la majorité est étudiante à temps complet et travaille à côté.

À quelques jours de la première, l’adrénaline va crescendo et chacun sort un peu de son rôle pour mettre la main à la pâte. Laura Maltais-Provençal, actrice et directrice de la production de Golden Joe en est un exemple flagrant. Celle qui siège également au conseil d’administration de la troupe soutient que la dernière semaine avant la première est « intensive ». « On essaie toujours de se garder deux jours de repos, car à cette période, on fait de grandes journées ou des soirées de répétitions jusqu’aux petites heures du matin. Plus la première approche, plus c’est épuisant. C’est aussi le moment où on entre en salle et [où] on règle tous les détails techniques et du jeu », raconte-t-elle.

Au-delà du jeu

« Un gros trip de gang » et « une grande famille » sont autant d’images que les membres des Treize utilisent pour décrire l’ambiance de chaque projet. La première et la série de représentations passées, tous sont conscients d’avoir vécu une aventure riche dont les émotions retombent rapidement. « Quand le projet est terminé et qu’on reprend notre quotidien sans le théâtre, on ressent tout de suite le manque de notre personnage [et le manque] de jouer et de voir la troupe. On s’attache tellement à travailler notre rôle, qu’il fait vite partie de notre quotidien », déclare Geneviève Messier appuyée par sa partenaire de jeu, Gabrielle Doiron.

D’ailleurs, il arrive que les équipes de production se retrouvent une fois la poussière retombée. Deux semaines après leur dernière représentation, la troupe de La Nuit de Valognes s’est donnée rendez-vous au café Fou Aeliés pour se retrouver. Selon Laura Maltais-Provençal, c’est un classique chez les Treize : « On ressort de cette expérience avec de grandes amitiés, voire même des amours. Et pour les autres, il restera juste un lien qui nous donnera envie de nous suivre et de se soutenir dans nos prochains projets. »