Les oiseaux ivres d’Ivan Grbovic, film sélectionné pour représenter le Canada aux Oscars, en salle dès aujourd’hui. Entre onirisme et violence, le deuxième long-métrage de Grbovic montre plus qu’il ne dit et suggère plus qu’il ne révèle.

Réalisation : Ivan Grbovic | Scénarisation : Ivan Grbovic et Sara Mishara | Direction de la photographie : Sara Mishara | Musique : Philippe Brault | Distribution : Jorge Antonio Guerrero, Claude Legault, Marine Johnson, Hélène Florent | Production : Luc Déry et  

Par Emmy Lapointe, rédactrice en chef

Fable impressioniste
Comme un cycle sans fin, ils reviennent chaque été dans la famille Bécotte comme dans des centaines d’autres et parmi eux, entre les champs et un café internet, Willy (Jorge Antonio Guerrero) venu retrouver l’amour de sa vie. Et si d’un côté de la ferme, les liens se tissent entre les travailleurs, de l’autre, les derniers fils reliant Julie (Hélène Florent), Richard (Claude Legault) et leur fille Léa (Marine Johnson) semblent être sur le bord de se rompre.

Rien ne dissone dans l’œuvre de Grbovic. Les plans s’enchaînent comme les heures d’une journée sans fin, à la différence que Les oiseaux ivres n’épuise pas. Souvent tournés à l’heure bleue et à l’aide d’un objectif anamorphique, les plans tout comme l’ensemble de la facture visuelle n’ont rien à envier à des films comme Days of Heaven ou Brokeback Mountain.

La musique de Philippe Brault a capté avec sensibilité l’essence du film jusqu’à en faire partie.

Jorge Antonio Guerrero campe un Willy en porcelaine cassée. Hélène Florent, un socle pour la trame narrative, pour sa famille fictive qui, une fois seule, s’effondre à son tour. Claude Legault est impeccable dans le rôle du père et du mari ne sachant pas écouter. Grâce à son interprétation de Léa, Marine Johnson, pour qui les rôles d’adolescentes « rebelles » semblent aller de soi (La déesse des mouches à feu), laisse entrevoir un monde de possibles, de la douceur à l’inexorable violence; un spectre de nuances sombres sans doute, mais claires aussi, espérons-le.

Pour une sécurité d’emploi
Si le film de Grbovic n’est pas militant en soi, reste qu’il peint en toile de fond une réalité qui ne nous est pas inconnue, mais qui pourtant nous semble assez loin : les travailleurs et travailleuses agricoles étrangers | étrangères. Chaque année, c’est environ 15 000 personnes qui viennent passer plusieurs mois ici et qui, disons-le, supportent les industries agricoles.

En théorie, iels sont protégé.es par les normes du travail, mais quelques lectures de témoignages dans nos médias suffisent pour comprendre que dans les faits, c’est une tout autre histoire. Prise des passeports, non-respect des ententes, menaces, heures de travail démesurées, équipement non adapté, etc. Et même s’iels sont payé.es au salaire minimum (rarement au-dessus), iels doivent payer des impôts, une assurance médicale et des frais de logement, de transport et d’alimentation sont aussi déduits de leur paye.

Cela dit, je n’ai rien de l’avis d’un.e expert.e et encore moins de l’expérience d’un.e travailleur | travailleuse. Voici quelques liens sur le sujet.

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/604085/immigration-les-droits-bafoues-des-travailleurs-agricoles-etrangers

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/621240/emplois-saisonniers-des-travailleurs-agricoles-etrangers-en-danger

https://www.ledevoir.com/societe/598115/des-travailleurs-agricoles-s-expriment-sur-leur-travail-en-contexte-pandemique

Crédits photo : Films Opale