Après son premier recueil de poésie Shenley, le poète et cinéaste Alexandre Dostie est de retour avec Que ceux qui m’aiment me sauvent, une œuvre où il approfondit les méandres de la crudité lyrique et de la douleur psychologique. Cette douleur n’est toutefois pas vaine : elle consiste en un pont cathartique menant vers l’espoir de la guérison, vers un sauvetage inespéré où le blessé ne peut compter que sur lui-même pour s’en sortir.

Par William Pépin, chef de pupitre aux arts

Que se passe-t-il lorsqu’on atteint le fond de la fosse des Mariannes?

Le deuil amoureux qui tache juxtaposé à la l’effondrement psychologique d’un condamné à la mélancolie font le charme de ce Que ceux qui m’aiment me sauvent. Véritable Chauffer le dehors claustrophobe, qui troque le rapport au territoire pour une fouille intérieure n’ayant de fond que la médiocrité humaine – mise en mots dans des tournures tout saufs médiocres —, Dostie évoque les ténèbres avec intelligence et sensibilité sans toutefois éteindre définitivement la flamme. Cette dernière est là, quelque part au fond des pages, entre deux aigreurs versifiées. Oui, ma comparaison avec le recueil de Marie-Andrée Gill est sans doute plus inopportune qu’audacieuse, mais que voulez-vous : à chacun ses impressions de lecture. Je suis d’avis que deux œuvres peuvent — consciemment ou non — dialoguer entre elles sans avoir (a priori) de liens apparents ou une contiguïté quelconque.

« elle me parle de cette lumière/que personne ne fera à ma place/chus ta blonde pas ta mère/et je tatoue quelque part dans ma tête/aux frontières de ma calvitie naissante/qu’il faudrait que j’arrête de l’oublier »

Catharsis

Malgré tout le bien que j’en pense, je crois que ce recueil de poésie n’est pas à mettre entre toutes les mains : il s’agit d’un texte âpre, faisant peu de cadeaux à ses lecteur.rice.s, outre peut-être cette dureté émotionnelle qui libère, cette brutalité qui s’enfonce dans les plaies de l’âme pour mieux s’en affranchir.

« le fond du baril c’est quand/la poitrine te cale sur le cœur à’ fin d’un respire/quand plus rien ne pompe le sang enragé »

Alexandre Dostie, Les Éditions de Ta Mère, Montréal, 2022, 127 pages

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