Adepte de tout ce qu’Internet peut proposer à voir comme propositions artistiques, de l’anecdotique au conséquent, de l’amateur au professionnel, le gagnant du prix Tomber dans l’Œil 2018, Simon Deroy, propose du 26 octobre au 2 décembre prochain dans la Petite galerie de l’Œil de Poisson du Complexe Méduse, Mon ami Facebook. Projet alliant installation et projection, son exposition invite le visiteur à intégrer l’univers d’un véritable ami virtuel de l’artiste, dessinateur du dimanche se servant de sa page personnelle comme d’un journal intime et dont chaque contribution met en scène les joies et misères de sa vie personnelle au même titre que des héros et autres lubies tapissant son imaginaire. Une occasion pour Deroy de revisiter une courte relation, mais aussi de tirer des parallèles entre deux mondes créatifs. 

L’amour de Simon Deroy pour l’éclectisme du web – éclectique dans sa manière de démocratiser l’art jusque dans ses recoins les plus psychotroniques – remonte à loin. L’ancien joueur de jeux vidéos professionnel fraîchement diplômé au baccalauréat en arts visuels et médiatiques de l’Université Laval a fait du fruit de ses recherches la matière d’une réflexion sur l’art, doublée d’une production originale et déjantée. « Je me suis toujours intéressé à l’art amateur sur Internet, le projet qui m’a permis de gagner le prix Tomber dans l’Œil, c’était à peu près la même affaire : j’ai pris un cinéaste amateur et j’ai refait son film avec mes propres acteurs. » Le cinéaste en question, Rogers Normandin, est relativement connu des initiés, ses passages à la télévision en ayant fait un petit phénomène il y a quelques années.  

Photo: courtoisie, Simon Deroy

« Pour mon nouveau projet, c’est quelqu’un d’inconnu complètement, explique Deroy. Ce n’est pas un cinéaste, c’est plutôt un dessinateur. Il fait beaucoup de dessins, il y en a 1700 sur son Facebook. Il en publie chaque jour, c’est comme un journal pour lui. Il a une façon très naïve de dessiner, mais sur des sujets très adultes. Il est célibataire, il se cherche une femme, il aime les squelettes, Freddy Krueger. Tous ses champs d’intérêt, il trouve le moyen de les intégrer dans la même image, ce qui donne des montages très éclatés. »  

À partir des dessins de cet ami Facebook, dont l’artiste préfère taire l’identité, par respect, tout en précisant qu’il a été informé de son projet d’exposition, Simon Deroy a recréé son univers. Sous la forme d’une vidéo où il personnifie Krueger, légendaire personnage du cinéma d’horreur (la série débutant par le classique Nightmare on Elm Street, ou Les Griffes de la nuit, dans la langue des VHS de notre jeunesse), Deroy aborde au fil des quelques vignettes, son amitié virtuelle éphémère avec le mystérieux créateur, ce qu’il pense de ses dessins, les points qu’il a en commun avec l’ami.  

Pourquoi Krueger, le visiteur interloqué se demandera peut-être ? « Ça vient de son imaginaire à lui, c’est son personnage d’horreur préféré. C’est aussi un personnage qui m’a beaucoup marqué, j’en avais particulièrement peur quand j’étais jeune. J’ai fait un Batman de moi-même : j’ai combattu ma peur en personnifiant Freddy ! »  

Pour l’amour du boboche 

Révélant qu’il désire provoquer chez ceux qui viendront découvrir son travail du «malaise et de l’amusement», Deroy a distillé la qualité esthétique bringuebalante de son inspiration pour la reprojeter dans le montage d’une facture plutôt fait main de sa vidéo, mais également dans sa manière d’investir l’espace de la Petite galerie de l’Œil de Poisson.  

« En fait, pour moi c’est important que tout soit à l’image de la vidéo, que tout soit un peu tout croche, un peu boboche. En même temps, je ne m’en soucie pas trop parce que c’est une projection, ça va être dans le noir. On ne voit rien. La vidéo est vraiment en premier plan et le reste… le monde le remarquera s’il veut bien le remarquer. » 

Loin d’être une manière détournée de se moquer des créateurs dilettantes, le travail de Simon Deroy se veut un hommage à une approche de l’art qu’il apprécie, dans toute la simplicité de son intention, et souvent de son résultat. «J’aime que ce soit un passe-temps que tout le monde peut adopter, ça n’a pas besoin d’être bon ! Il n’y a pas de critères de présentation, pas de notes de passage. Ça n’a pas besoin d’être compliqué. C’est très simple et j’apprécie ce qu’il y a de pur là-dedans.» 

Une amitié bien réelle ? 

Puisque Deroy se réfère de manière généralement cryptique à son ami Facebook, certains visiteurs douteront probablement de son existence ou seront tentés de le retrouver à l’aide des indices disséminés un peu partout dans l’exposition. Selon le texte de présentation de l’exposition, «ce sont ses rêves et ambitions, purement et simplement, que crayonne sans filtres cet ami Facebook». De son côté, Simon Deroy confie qu’il utilise les réseaux sociaux, incluant Facebook, d’une manière toute autre, limitée selon les standards de l’époque, et très rarement comme un exutoire artistique malgré son grand intérêt documentaire, quasi ethnologique, pour la chose.

«C’est drôle, parce que je suis présent sur Facebook, mais je ne publie pas, je ne suis presque jamais là-dessus. Me mettre en scène, je préfère le faire dans mes projets, autrement ça me met un peu mal à l’aise. C’est paradoxal, je n’ai pas de présence sur Internet, mais Internet nourrit vraiment mon travail.»

 

Le vernissage de Mon ami Facebook aura lieu vendredi le 26 octobre prochain dès 18h à l’Œil de Poisson.