Présentée dans le cadre de la neuvième édition des Passages Insolites, l’exposition du MOBA (Museum of Bad Art) aura pignon sur rue jusqu’en octobre à la Maison Hazeur, dans le Vieux-Québec. En provenance de Boston, le musée y présente des œuvres qui ne devraient pas être exposées en temps normal tant le résultat final de certaines créations laisse à désirer. C’est d’ailleurs la philosophie du MOBA, soit celle de présenter de « l’art trop mauvais pour être ignoré ». Toutefois, peut-être que le mot juste pour définir ces créations ne se situe pas du côté du champ lexical de la laideur : nous sommes davantage en territoire insolite, où l’étrangeté confronte le beau – et par le fait même notre vision de l’art. 

Par William Pépin, chef de pupitre aux arts

Célébrer la maladresse

D’emblée, il est intéressant de noter que les œuvres présentées, aussi étranges soient-elles, sont exposées sur les murs des deux premiers étages de la Maison Hazeur comme le seraient n’importe quelles toiles ayant reçu une quelconque légitimité institutionnelle. Il est clair que le Musée du Bad Art n’a aucunement l’intention de ridiculiser les œuvres qu’il expose : au contraire, il les célèbre. D’ailleurs, cette citation d’Alphonse de Lamartine, présentée dans le cadre de l’exposition, a de quoi faire réfléchir quant à ce que représentent ces œuvres pour le musée : « Le sublime lasse, le beau trompe, le pathétique seul est infaillible dans l’art. » Cette phrase à elle seule résume l’essence de l’exposition, car oui : au-delà des apparences, une sensibilité artistique réelle émane des dizaines de toiles présentées.

Intentions sérieuses, résultats… nanardesques?

Dès votre arrivée sur les lieux de l’exposition, vous constaterez rapidement le caractère profondément hétéroclite des collections présentées. Il y a de tout : des portraits, des paysages insolites, des animaux, de la religion, des mythes, de l’ésotérisme, des œuvres abstraites et j’en passe. Si sur papier le dénominateur commun de toutes ces créations concerne leur laideur respective, force est de constater que certaines toiles ne sont pas forcément affreuses : au contraire, la plupart peuvent sans doute être jugées techniquement réussies, non sans qu’il s’y dégage tout de même un inquiétant sentiment d’étrangeté, pouvant créer chez nous un malaise qui ne laisse pas indifférent. De plus, comme l’affirme la coordonnatrice à la programmation et au développement de Passages Insolites, Michelle Drapeau, « il faut que ce soit des œuvres qui ont été réalisées vraisemblablement avec des intentions sérieuses, mais où il y a un petit quelque chose qui cloche dans la représentation, un élément dans l’exécution même qui aurait peut-être été un peu raté. » Si les maintes créations que présentent le Musée du Bad Art dans le parcours de Passages Insolites peuvent prêter à rire, ne serait-ce que par la naïveté de leur résultat, il est clair que l’intention initiale n’était pas de faire rire ou, du moins, pas seulement. Quoi qu’il en soit, le résultat demeure : on sort de la Maison Hazeur la tête pleine de questions sur notre rapport au beau.

« L’expérience du MOBA (Museum of Bad Art), c’est une expérience de l’étrangeté ou de surprise ou d’étonnement. C’est impossible d’en ressortir indifférent. »

Michelle Drapeau, coordonnatrice à la programmation et au développement de Passages Insolites

Une véritable opération de sauvetage

Ce qui marque, outre l’esthétique plurielle et le caractère particulier de l’exposition, c’est la provenance de ses œuvres. En effet, si l’on connaît les artistes derrière quelques-unes d’entre elles, la plupart sont anonymes. Certaines ont même été achetées dans des magasins d’occasion (principalement à Boston) alors que d’autres ont tout simplement été rescapées des ordures. Le Musée du Bad Art, en plus de présenter ce qui peut se faire de pire en art sur le plan technique, agit donc en tant que sauveteur de ces créations délaissées, voire oubliées.

Pour en savoir davantage sur l’exposition, vous pouvez également visionner la vidéo ci-dessous, qui date de la dernière édition de Passages Insolites.

L’exposition se tiendra tout l’été à la Maison Hayeur, soit au 27, rue Notre-Dame, et ce, jusqu’en octobre de cette année. Le MOBA s’inscrit comme l’une des pierres angulaires de la neuvième édition de Passages Insolites.

© Crédits image : Passages Insolites