Solo exploratoire au langage corporel surhaussant toutes les particularités physiques du corps humain, Data a été livré vendredi par un interprète et chorégraphe dont le nom résonne depuis des années, Manuel Roque.

Ambiance cérémoniale vendredi dernier au pavillon Pierre-Lassonde du Musée National des Beaux-Arts du Québec: un auditorium d’habitués de la danse contemporaine se régale devant une performance rituelle aux accents organiques et sauvages.

Sous une lumière tendre et jaunâtre se révèle une scène épurée. L’interprète se dresse aux côtés d’un rocher colossal en aluminium ajoutant un ton minéral et inerte au décor. Le plancher, recouvert d’une feuille blanche, reflète la lumière et s’imprègne d’une tiédeur sablonneuse. Tel le réveil d’Antoine de Saint-Exupéry après l’écrasement de son avion dans une contrée déserte, on a l’impression d’assister au réveil du danseur dans un monde aride, paysage de l’épanouissement d’un voyage astral.

Le Requiem de Gabriel Fauré conjure, au début de la pièce, le contraste sublime entre la vision humaniste du chorégraphe et l’atmosphère ecclésiastique insinuée par la musique adoptée tout au long du spectacle. En harmonie avec les phrases musicales de la messe de Fauré, la série de transmutations organiques qui se manifestent sur le torse nu de l’interprète révèle son langage unique dans la discipline qu’il exerce. S’en suivent au long de la maille stomacale, des ondulations montant jusqu’aux épaules, des contractions vitales dans la cage thoracique et, possédant ensuite les bras, des mouvements articulés et répétitifs soumettent l’homme à l’image d’un automate.

Comme en habitant un tableau de Rembrandt, la dichotomie entre la musique céleste et les mouvements organiques, exposant chaque plie sur la peau et chaque os sur le corps au public, exalte la fascinante sensation de la découverte de ce corps, et des ses caractéristiques anatomiques. L’exercice des métamorphoses à travers des contorsions lui traverse le torse jusqu’au visage et, emporté par le ton grave des chants du Requiem, il articule sa mâchoire de façon prononcée et bidonnante en suivant les paroles du cantique.

S’en suivent une série de représentations animales évolutives, dont la plus belle est celle d’un faon, à l’imaginer par le jeux des mains sur la tête en simulant des cornes. L’homme-animal est pris d’une fureur libertaire et envahi d’une innocence énergique, court en rond, emporté par une folie de taureau de rodéo, et en synchronisation avec le crescendo de la musique, s’arrête dans une note impétueuse, cette fois-ci avec les bras derrière la tête simulant les grandes cornes d’un cerf. Les lumières se dirigeant vers lui en ajoutant de la splendeur à cette image grandiose.

La présence du rocher métallique reste puissante tout le long de la pièce. Par son immobilité, elle est d’une gravité provoquée par le contraste avec les mouvements exhaussant la complexité du monde sauvage et des formes organiques. Son apparence métallique lui donne un aspect futuriste rappelant le titre, Data. Les cassures entre les pics du monolithe métallique font peut-être penser à une maille virtuelle reliant des tonnes d’informations et se dirigeant vers le haut comme une construction ascendante de la connaissance et de la mémoire.