Dans Non finito présenté dans le cadre du Carrefour international de théâtre à la Caserne Dalhousie, Claudine Robillard se plante le nez dans le ciel des – innombrables – projets inachevés, arpentant ce qu’elle désigne douloureusement comme étant son « cimetière d’avortons ». La structure du spectacle s’érige sur les bases du vécu véritable de non-acteurs.

D’entrée de jeu, Robillard passe en revue différents projets qu’elle n’a pas menés à terme : celui de devenir une gymnaste professionnelle, celui de reconquérir son amour du secondaire, celui de rédiger 200 lettres à l’intention de sa fille à naître.

Difficile de déterminer si Robillard a le cœur à rire à l’évocation de ce lot de projets inachevés. La performeuse affecte à la fois la candeur et la fragilité d’une fillette.

Il s’ensuit le début d’une performance – demeurée inachevée à ce jour – que devaient livrer Jonathan Morier et Robillard il y a quelques années : on observe un jeune homme s’agitant à l’intérieur d’une sorte de cube de verre, et dont les sparages échouent à le hisser parmi les détenteurs d’un record Guinness.

Voilà pour la prémisse. Robillard crée ensuite la surprise en levant le rideau sur une deuxième estrade et invitant le public à s’y diriger. Une nouvelle perspective s’offre alors à celui-ci.

L’inachèvement, une tare contemporaine

À tour de rôle, Evangelos, Abolfazl, Niloufar et Richard, les quatre non-acteurs qu’Anne-Marie Guilmaine, metteure en scène, et Robillard ont ralliés à la performance, décrivent les projets inachevés qui les habitent. La présence de néo-Québécois sur les planches, dans un spectacle qui n’est pas didactiquement consacré à l’immigration, est d’ailleurs fort appréciable.

Non finito irrigue des questionnements intéressants. Ainsi, une part de vacuité et d’échec est inhérente à la notion d’inachèvement. Or, comme le souligne un des non-acteurs, c’est sans doute le chemin parcouru, jalonné de nombreuses rencontres et opportunités, qui importe, davantage que la destination.

En outre, l’équipe s’est intéressée au prolongement dans la réalité de certains gestes posés sur scène, renvoyant aux théories du cinéaste Alejandro Jodorowsky. À ce titre, par exemple, Abolfazl trace le plan de la maison dont il aurait souhaité diriger la construction. Or, tandis qu’il était architecte en Iran, il a dû se recycler dans un autre métier à son arrivée ici. Plus tard au cours de la représentation, Evangelos sollicite quant à lui le concours d’un membre du public afin qu’il lui enseigne un geste du répertoire de ceux qui sont typiquement transmis de père en fils, son père ayant déserté ses engagements familiaux alors qu’il était très jeune.

Une réflexion à propos de questionnements existentiels

L’éclairage que jette Non finito sur les questionnements existentiels est faiblard. Néanmoins, force est d’admettre que la question de l’inachèvement nous habite toutes et tous. Le travail réalisé au sein de l’équipe de création du spectacle, dont les membres se renvoyaient en miroir leurs inachèvements, puis la rencontre avec le public, ont procuré à Robillard une sensation de « soulagement », a-t-elle affirmé lors d’une discussion qui a suivi la représentation de mardi soir.

Robillard évoque, en outre, le désir paralysant de réaliser « quelque chose de grand ». Sans doute la procrastination, une tare qui afflige la plupart d’entre nous, est-elle tributaire de la crainte de ne pas atteindre l’idéal que chacun-e se fixe intimement. La révision de ses attentes de même que l’humilité deviennent alors des options de résistance face à l’inachèvement. À ce titre, Non finito, bien que le bousculement que provoque la performance est modeste, est un spectacle complet, et constitue un superbe pied de nez à l’inachèvement.