C’est pendant la relâche que les comédiens de la troupe des Treize ont présenté la pièce La Nuit de Valognes, oeuvre présentée en 1991 et écrite par Éric-Emmanuel Schmitt. La metteure en scène Natalie Fontalvo s’est laissée séduire par Don Juan pour la présentation de ce huis clos tantôt humoristique, tantôt de nature plus introspective et psychologique.    

Paul Dubé et Kim Chabot

Il s’agit bien sûr d’une modernisation du mythique personnage de Don Juan, un être libertin, charmeur et manipulateur. Mais le voilà pris au piège par cinq femmes qu’il a blessées par le passé. Jugé coupable avant même son arrivée au château de Valognes, le séducteur se voit contraint d’épouser une seule femme – Angélique – et de lui rester fidèle, sans quoi il terminera ses jours en prison. À la surprise générale, il accepte le marché presqu’instantanément. L’interrogatoire qui suit poussera tous les protagonistes à une réflexion profonde sur eux-mêmes, Don Juan inclus.

Éric-Emmanuel Schmitt intègre à la pièce la dernière chose que l’on pense possible dans une histoire de Don Juan : du féminisme. Les femmes dans La Nuit de Valognes sont fortes de caractère et relaient parfois le séducteur au rang de personnage secondaire. On y traite également d’homosexualité, thème souvent évité par le passé. Le mythe de Don Juan devient donc un peu plus intemporel avec cette version-ci.

Huis clos éclaté

L’Amphithéâtre Hydro-Québec a été utilisé intelligemment par Natalie Fontalvo, qui a repoussé les possibilités d’un huis clos. Pendant que les personnages narrent leur passé durant l’interrogatoire, on voit d’autres comédiens le jouer sur les balcons, forçant le spectateur à se tourner sur son siège pour tout voir, tout entendre.

Les costumes, sous la responsabilité d’Ève-Catherine Champoux, sont très réussis et originaux. Si les femmes sont vêtues de noir et Don Juan de blanc, tous sont gris au final, tous les personnages ayant quelque chose à se reprocher.

Le décor est épuré, des draps blanc couvrant tous les meubles, à l’image de la vérité qui est voilée jusqu’au dernier moment. L’allégorie du procès se retrouve jusque dans l’arrière-scène où trônent de hautes colonnes blanches rappelant une Cour de justice aussi bien qu’une demeure cossue. Enfin, la musique participe habilement à la pièce souvent drôle, parfois sérieuse.

Néanmoins, quelques petits ajustements seraient à envisager, entre autres la réplique finale de Sganarelle que est inaudible sous une mélodie enjôleuse de Patrick Watson. Certaines trames cessent aussi de façon assez abrupte durant la soirée.

Des acteurs au jeu inégal

La Nuit de Valognes est interprétée avec passion par les douze comédiens dont le niveau de langue est par contre si différent que certaines scènes en perdent leur crédibilité. Tout aussi inégal est le jeu des acteurs. Solide performance d’Émilie Houde-Tremblay dans le rôle de la comtesse dont les remarques acerbes et l’arrogance sont bien rendues. La duchesse, vive d’esprit et fascinante dans ses propres réflexions (Marie-Pier McLeod), se démarque aussi du choeur de femmes blessés, quasi-amères. Cependant, on ne croit pas à la vieillesse de son personnage.

Thibault Lachaut, l’interprète de Don Juan dont l’assurance vacille au fil des révélations durant la pièce, est crédible en séducteur vulnérable. Le chevalier de Chiffreville occupe une place centrale dans l’intrigue. Dommage que le jeu de Makir-Alix Bouchard n’ait pas été à la hauteur, l’interprète surjouant et manquant de finesse lors de la scène du duel. On ne saurait passer sous silence la transformation de François Bélanger en un Sganarelle rieur et imprévisible. Tel un Arlequin de la commedia dell’arte, le valet de Don Juan insufflait une fraîcheur divertissante à la pièce de Schmitt.

La Médée de Corneille clôturera la saison automnale des Treize. Ce classique sera présenté du 26 novembre au 7 décembre 2014 au Théâtre de Poche.