Après les gadgets, les amis Facebook, ce qu’on dit à la télé et toutes nos bébelles «bonheur garanti», qu’est-ce qu’il reste?  Est-ce qu’on oublie que le bonheur ne s’associe pas à gros portefeuille, grosse bagnole, gros totons et grosse quéquette?  Peut-être que le spectacle dont on parle le moins dans les journaux, sur les blogues  et sur Twitter est le concert donné par les oiseaux qui chantent l’été.  C’est sûr que dit de même, c’est lourd, maladroit, déprimant… ça manque de… clown!  Ça, les productions Le Soucide Collectif l’ont bien compris.

Nicolas-Frank Vachon et Catherine Dorion ont réussi, dans leur écriture de Kukipik Doikipu, à nous faire philosopher tout en gardant le sourire. Ils ne manquent certainement pas d’idées, le spectacle est une succession de flashs de notre quotidien.  Vous verrez un défilé frénétique de nos petits problèmes grossis sous la loupe du clown.  Une structure ingénieuse en poupée russe voit les plus petits problèmes évoqués comme le noyau des plus gros.  On y verra une banale chicane de couple escalader jusqu’à l’échelle de la guerre, un complexe physique mis en perspective avec la pauvreté dans le monde et une panoplie d’autres ingéniosités de la sorte.

À la fois auteurs et interprètes des deux clowns, M. Vachon et Mme Dorion donnent un spectacle amusant et désinvolte qui nous montre sans détours le ridicule de nos quotidiens. Mathieu Campagna et Philip Larouche, multi-instrumentistes et interprètes (ils prennent eux aussi part au jeu) accompagnent brillamment de musique cette épopée au travers nos travers.  Grâce à eux, les clowns s’enflamment en chansons pour passer les messages les plus grinçants, tout en étant festifs!

La mise en scène de Marc Doré se calque au rythme effréné de notre époque.  Le spectacle d’une heure et demie sans entracte est pratiquement sans temps mort, ce qui force le spectateur à rire pendant et de réfléchir après. Toute votre présence sera requise pour bien savourer les subtilités du texte et du jeu. L’aspect visuel du show est agréable et significatif. Chaque accessoire et élément de costume s’inscrit avec cohérence dans le tout et donne au spectacle un fini très crédible, digne des plus grandes salles de Québec.