Journées de vent glacé et de gadoue. Les trottoirs sont meurtris par le gros sel et le paysage est à la déprime. Dans la Salle Multi de Méduse, le nouveau spectacle de Karine Ledoyen, Air, contrastait avec la cruauté de janvier. Hélas,la création n'était présentée que durant quatre petits jours.

Après nous avoir offert Julio et Romette  en 2006 et Cibler en 2008, voilà que la jeune chorégraphe de la compagnie Danse K par K, originaire de St-Pamphile, attaque de nouveau avec une démarche exploratoire et un nouvel élément, l’air. Le travail de création s'est fait autour de cet élément volage, qu’on ne peut voir directement, ni saisir. Il n’est possible que de sentir cet air qui nous entoure. Recevoir son manque, son vide, sa puissance.

Le défi était donc grand à relever. S’inspirant de la théorie des cordes, comme quoi la vie se déroulerait en plusieurs univers parallèles, et remettant en question l’idée du temps et de l’espace, le travail de Karine Ledoyen présente, par des variations temporelles énigmatiques sous forme de fragments, des images qui transportent dans les sillons de l’air. Tantôt en hauteur, plus tard dans ses plus grandes noirceurs, en accéléré, au ralenti. La bourrasque d’un instant, celle dont nos poumons se nourrissent abondamment, disparait pour faire place à l’absence d’air.  C’est un perpétuel voyage entre les contrastes. Autant visuel qu’émotif, le corporel des danseuses est à la fois si léger et si lourd, d'où émanent le rire, la peur, l’amour, la haine et la tristesse.

Que voit-on dans cet amalgame? Entourée de quatre magnifiques danseuses, la chorégraphe revisite la féminité. Sur scène défilent Ariane Voineau, Mélanie Therrien, Francine Liboiron et Sara Harton. Ayant chacune leurs forces, mais surtout des fragilités des plus intéressantes à sillonner, cette féminité va au-delà de l’image clichée du talon haut. En effet, les segments interprétés avec brio grâce aux cinq corps impressionnants parcourent toutes les facettes de la femme. L’aspiration, le désir, le rêve, la chanteuse rock qui n’en sera jamais une, la femme volage, oiseau prisonnier, volatile rêveur. Toujours dans une démarche aérienne, toute en hauteur.

Les univers parallèles, peints de cette théorie des cordes, prennent davantage forme sous la direction lumineuse de Louis-Xavier Gagnon-Lebrun, qui nous propose avec des projections une ambiance lumineuse qui apporte de l’épaisseur et de la chair aux espaces de Karine Ledoyen. Les projections font également office d’éclairages. Ainsi, la scène devient un lien riche et encore plus habité par cette simple collaboration avec les nouveaux médiums.

Accompagnées des textes à effet «baume» de Véronique Côté, les chorégraphies s’élèvent encore plus haut. Les images se dessinent, évoluent jusqu’à ce que l’air apparaisse. Tangible, l’envie de se lever, de le toucher enfin et de pouvoir le manipuler allègrement. Sentiment de bien-être. En sortant d'Air, on se sent léger, on rit pour rien, on sourit, tout simplement. C'était une sensation de printemps avant son temps, de vent et de chaleur dans cette déprime hivernale qui colle à la peau. Une nouvelle création inspirante de la jeune compagnie de Québec a vu le jour.