La «  good room  » est dans la tradition roumaine un endroit privilégié. Les familles gardent dans la maison une chambre pour y entreposer leurs plus beaux objets. Autant les apparats de cérémonie que les souvenirs familiaux. Une pièce dédiée autant à la mémoire qu’à la simple beauté des choses. Pour les dix prochains jours, le Criterium devient la «  good room  » d’Estée Preda.

Un pied dans la tradition roumaine et un pied dans la modernité québécoise, l’artiste s’offre une première exposition solo. C’est dans cette optique que toutes les œuvres de l’exposition ont été conçues, tout au long de ce très long automne.  

La petite salle du Criterium se prête à merveille à cette habitation. Peu d’œuvres, mais toutes cohérentes et créatrices d’une atmosphère valant un court détour sur la rue du Pont. Quelques-unes des peintures sont ornées de cadres d’or, contrastant avec la douce naïveté picturale des canevas, les autres sont simplement déposées sur les murs, laissant le regard errer entre pleurotes et araignées.

Dix jours dans le bestiaire onirique d’Estée Preda

Créatrice d’univers, le bestiaire d’Estée regorge d’ours soumis, de pommes anthropomorphiques, d’araignées humanoïdes et de fantômes bienveillants. Pour elle, chaque animal et chaque objet devient porteur d’une personnalité, d’un rôle dans l’univers. Autant les vases, qualifiés avec humour de « gentils » par l’artiste que la pomme, symbole maléfique dans l’espace particulier du Criterium.  

Elle n’ose pas trop définir pour l’instant la signification des personnages qu’elle crée, préférant laisser cette liberté aux visiteurs. Ces derniers deviennent spectateurs d’un théâtre de marionnettes à la fois naïf et opaque. Avec le temps, Estée ose croire que ce bestiaire s’étendra et se définira davantage avec la progression de sa pratique artistique. Les personnages se déclinent déjà en plusieurs scènes, transformant pour les plus attentifs l’exposition en véritable bande-dessinée onirique démesurée.  

La pièce maitresse de la salle est sans contredit un tissage orné du nom de l’artiste et d’un grand vase humanisé. Malheureusement interdit au toucher, on ressent néanmoins la douceur du tissu et l’irrégularité des boucles se répercuter dans l’air environnant. Les explorations de motifs, d’aquarelles texturées, de contrastes francs habitent doucement le grand espace. Les murs blancs deviennent soudainement chaleureux puisqu’habités par la présence réconfortante et folklorique de l’œuvre de la québécoise.  

L’univers délicat de l’artiste est aussi disponible en miniatures originales, que certains chanceux pourront ramener à la maison, et peut-être ainsi entamer leur « good room » personnelle. 

Un incontournable, ne serait-ce que pour un court laps de temps. L’exposition se termine le 10 décembre 2017.