Mise en scène par Robert Lepage et interprétée par Yves Jacques, devenu en quelque sorte l’alter ego de ce dernier au fil des ans, La Face cachée de la Lune continue d’être appréciée, chez nous comme à l’international. «Les gens réagissent au même endroit, de la même façon, sauf en Asie et au Japon. Ce n’est pas dans leurs moeurs de s’éclater, de démontrer leurs émotions, ce qu’on leur montre très jeune. En Corée, ça leur parlait directement parce qu’il y a des familles qui sont déchirées. Au Mexique ou dans des pays plus latins, en Italie par exemple, ça rigole. Aux États-Unis, c’est comme des enfants, tu as l’impression que tu es devant un public à Disney World. En France, c’est plus intellectuel. Ils aiment le côté bon enfant de la pièce. Robert Lepage est allé chercher l’essence de l’être humain», relate M. Jacques.

Il faut mentionner qu’Yves Jacques interprète avec brio cette pièce dont il a assuré la tournée mondiale des versions françaises et anglaises. Son plus grand défi? «C’était d’essayer d’être à la hauteur du travail de Robert, de ne pas aller ailleurs. Il serait facile de kidnapper le spectacle pour en faire un one man show personnel. Si Robert m’a choisi, c’est parce qu’il savait que j’allais être fidèle à son travail. Je me suis calqué sur ce qu’il faisait. Puis je me suis détaché et j’ai fait des choses plus personnelles tout en restant dans le même ton que Robert», confie-t-il.

Tous les personnages de La Face cachée de la Lune sont incarnés par Yves Jacques, dont la renommée n’est plus à faire. Il a d’ailleurs joué dans le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand et on pourra le voir dans le prochain Astérix et Obélix dans le rôle du psy de César. C’est entre le déchirement de deux frères qui sont aux antipodes et la course vers la Lune entre les Soviétiques et les Américains que le public ressent un appel à l’introspection. L’un, prénommé André, a réussi sa vie en tant qu’annonceur météo et l’autre, Philippe, dont l’avenir est incertain, est étudiant au doctorat. Ils doivent faire face à la mort récente de leur mère, soit l’expérience d’un ultime vertige. «Pour moi, Robert a cette même entité, cette même compréhension de l’humain comme Molière ou Shakespeare l’avaient», poursuit Yves Jacques. Les personnages dépeignent des réalités puis sautent à des faits historiques pour mieux retourner à des souvenirs d’adolescence gravés sur un 33 tours. Le tout est empreint d’une certaine nostalgie.

Après tout, «c’est une pièce très personnelle qui s’inspire de l’époque où Madame Lepage était en train de partir, mentionne l’interprète. D’ailleurs, la sœur de Robert était présente et a été bouleversée de retrouver cette pièce. On ne rentre pas là-dedans avec ses gros sabots. On y entre sur la pointe des pieds».