La Saison Photo 2015 du Musée national des beaux-arts du Québec présente trois expositions photographiques qui, bien que fort distinctes, parviennent toutes à mettre en scène des corps sensibles et imparfaits raréfiés par les frasques cosmétiques de la société contemporaine. Chacune rejoint à sa manière une authenticité perdue au profit de la modernité.

Incarnations. Photographies de la collection du MNBAQ de 1990 à aujourd’hui

Les particularités de la chair comme autant de traces d’une existence distincte et riche en bouleversements sont magnifiées par les photographies regroupées dans le cadre de l’exposition Incarnations. «Le point de départ de cette exposition est la représentation du corps dans la photographie de masse, les corps esthétisés et photoshopés. […] Les œuvres ont été choisies, car elles prennent le contre-pied de cette culture de surface », affirme Maude Lévesque, commissaire de l’exposition. Les photographies exposées présentent donc les corps en célébrant d’abord ce qu’ils incarnent, le poids des émotions vécues et, bien entendu, la signature singulière du temps qui passe.

Trente-huit images ont été sélectionnées parmi la collection de plus d’un millier de photographies contemporaines du MNBAQ. Névralgique et colossale, La Fêlure, au chœur des corps de Geneviève Cadieux est sans contredit l’œuvre phare de l’exposition. Le triptyque monumental présente un baiser dont le romantisme est atomisé par la présence ambiguë d’une longue cicatrice qui fusionne les amoureux d’une blessure commune. L’autoportrait Deadman de l’artiste thaïlandais Chih-Chien Wang arbore également cette idée de rendre visible sur le corps d’une personne, les attributs de sa destinée.

Bryan Adams s’expose

Ce sont des visages familiers qui nous accueillent lorsqu’on pénètre la pièce où sont affichées les photographies du célèbre auteur-compositeur-interprète. Kate Moss, Mickey Rourke, Julianne Moore et Amy Winehouse, pour ne nommer que ceux-là, tapissent de leur illustre faciès les murs immaculés de la salle d’exposition. En plus de l’auréole de leur notoriété, ils ont tous en commun l’exhibition d’une attitude détendue, d’un air confiant, invulnérable. «Bryan peut prendre en photos des personnalités célèbres et immédiatement, elles se sentent confortables et relaxes en sa présence, ce sont des gens qu’il connaît personnellement », souligne Mat Humphrey, commissaire de l’exposition et ami de Bryan Adams.

En résultent des clichés d’icônes vivantes qui se sentent suffisamment à l’aise pour dévoiler à l’objectif l’échantillon d’une sensibilité palpable et authentique, loin des frasques de la vie publique et de la boulimie des paparazzis. «Il est d’une nature particulièrement amicale et a une manière très relaxe de s’entretenir avec les gens. Il a même réussi à rendre la reine si détendue qu’elle lui a permis de la photographier dans son jardin d’hiver auprès de paires de bottes de jardinier et d’un parapluie », raconte Humphrey. Il désigne ici un portrait de la reine Élisabeth II qui a figuré sur les timbres-poste en 2002.

Une section de l’exposition s’attarde à la série de photos qu’a réalisé Bryan Adams sur les soldats britanniques blessés en Irak et en Afghanistan. Parfois difficiles à voir, les images d’une grande justesse parviennent à mettre l’accent non pas sur ce que ces hommes ont perdu mais, plutôt sur tout ce qu’il leur reste.

1950 : le Québec de la photojournaliste américaine Lida Moser

Qu’il s’agisse d’une scène rurale, d’une vue de ville ou d’un portrait, c’est avant tout des moments que Lida Moser a pu saisir lors de son séjour au Québec à l’été 1950. Envoyée pour documenter la culture québécoise, la réputée photographe américaine devait réaliser des clichés destinés à occuper les pages du prestigieux magazine Vogue. Celle qui s’attendait à voir «des gens avec des frocs médiévaux et entendre un vieux français cassé», comme l’explique la commissaire de l’exposition Anne-Marie Bouchard, s’est plutôt trouvée envoûtée par une culture riche et distinguée, au moment même où celle-ci subissait les mutations propres aux années d’après-guerre.

L’exposition met en lumière la grande débrouillardise de Moser qui, sans même parler français, est parvenue à se joindre à un périple à travers le Québec en compagnie de Paul Gouin, conseiller culturel de Maurice Duplessis, et Félix-Antoine Savard, auteur de Menaud, maître-draveur. Les photographies de Lida Moser sont d’une beauté spectaculaire et trahissent, au passage, un vif intérêt pour le folklore local mélangé à des préoccupations esthétiques et compositionnelles d’une grande modernité.

C’est avant tout une identité perdue que les expositions de la Saison Photo tentent de récupérer. Rendez-vous ce printemps au Musée national des beaux-arts du Québec pour être témoin de ces explorations.

 

Incarnations. Photographies de la collection du MNBAQ de 1990 à aujourd’hui : du 19 février au 10 mai 2015

1950 : le Québec de la photojournaliste américaine Lida Moser : du 19 février au 10 mai 2015

Bryan Adams s’expose : du 19 février au 14 juin 2015