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Certains ont dit que la prélogie avait tué Star Wars. Ils exagèrent : seul L’attaque des clones est véritablement et entièrement mauvais. Mais poursuivons néanmoins la métaphore : si la seconde trilogie était un meurtre, la troisième est carrément un outrage au cadavre. Les films originaux avaient une âme et un cœur. La prélogie avait une tête. Les derniers films… 

On aurait tellement, mais tellement voulu aimer. Comme on a aimé Rogue One, l’an dernier, son respect scrupuleux de l’univers, son audace jamais vaine, sa puissance émotive… Pouvait-on, à nouveau, rêver du parfait cadeau de Noël ? Non, répond le réalisateur Rian Johnson, hilare, tout au long de plus de 2h30 de farce grotesque. Non, répond le géant Disney, la main sur le portefeuille, vomissant déjà ses produits dérivés. Non, répond Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilm, le doigt sur la gâchette, toute prête à faire passer un énième cinéaste un peu trop indépendant à la trappe. Non, non, non. 

Alors oui, les batailles spatiales sont impressionnantes. Oui, les planètes sont belles (avec des moyens pareils, le contraire aurait été un comble). Oui, on joue allègrement du sabre laser (sans qu’il y ait toutefois le moindre enjeu au bout dudit sabre). Oui, Rey (fantastique Daisy Ridley), Finn (John Boyega) et Poe (Oscar Isaac), le trio étincelant du Réveil de la Force, se révèlent une nouvelle fois tout simplement parfaits. Malheureusement, un bon rôle ne vaut rien si la pièce est mauvaise. 

Écartelé entre la lourdeur d’une franchise de moins en moins manœuvrable et le nécessaire besoin de surprendre pour ne pas lasser les foules, Rian Johnson a fait le choix d’affronter de face tous les écueils qui se dressaient sur la route de son lourd paquebot. Avec une constance admirable, il a frappé chacun de ceux-ci de plein fouet. Ses innombrables emprunts aux films précédents, loin d’être la marque d’un respect de bon aloi envers l’œuvre originale, ne sont ni plus ni moins que les tristes conséquences d’un manque criant d’imagination et d’une servilité de tâcheron.  

Quant aux retournements qu’on nous promettait, ils sont tous d’un ridicule consommé. Le premier et surtout le dernier tiers de Les derniers Jedi se veulent osés, subversifs, originaux ; ils sont risibles et inutiles. Les auteurs des pires pièces de théâtre de boulevard en rougiraient de honte. En voulant rompre avec les codes de la franchise, l’équipe du nouveau film effectue une déconstruction aléatoire, recherche le punch pour le punch et prive le long-métrage de toute sa dimension mythologique et tragique. Personnages et symboles emblématiques de la saga sont sacrifiés sans aucune cérémonie sur la grande chaîne d’abattage hollywoodienne. Voilà Star Wars dépouillé de sa magie et de sa cohérence. Les scénaristes de ce huitième épisode ont apparemment employé toute leur énergie créative à traquer les théories des fans sur internet, puis à les réduire en charpie. La déjà piètre bande-annonce du film est une pure fraude. À chaque attente, sa déception.  

On a reproché à la prélogie de trop expliquer, de sacraliser à l’excès une matière riche, au point de la figer en une doctrine un peu pompeuse. Elle possédait au moins une majesté, un souffle, une intention. Rien de tel avec Les derniers Jedi. Là où La menace fantôme et ses suites se prenaient – trop ? – au sérieux, là où Le réveil de la Force se contentait d’une nostalgie léchée et esthétisante, Les derniers Jedi tourne tout à la – mauvaise – blague. L’humour potache et tape à l’œil a succédé à la camaraderie joyeuse, contagieuse et un peu baveuse qui caractérisait Un nouvel espoir, L’Empire contre-attaque et Le retour du Jedi. Le tout est parfois tellement racoleur – vous trouviez que Jar Jar faisait le pitre ? Attendez de voir le BB8 nouveau ! – qu’on manque de s’étouffer de rage et de surprise. 

Il y a bien quelques bonnes scènes. Rian Johnson, contrairement à George Lucas, sait diriger ses acteurs. Le passage de deux de nos héros sur une planète-casino, bien que totalement inutile, est de bonne tenue et rappelle les meilleurs moments de la trilogie originale. Kelly Mary Tran, en nouvelle héroïne de la Résistance et comparse de Finn, est tout simplement formidable. On retrouve avec joie Mark Hamill en maître Jedi torturé et la regrettée Carrie Fisher en princesse Leia, devenue Générale Organa. Un vieux compagnon de route fait même une réjouissante apparition-surprise. C’est néanmoins avec un pincement au cœur qu’on voit la vieille garde ramer à contre-courant sur cette triste galère.  

Quant aux vilains, qui faisaient autrefois la force de la saga… Darth Vader, en cinq minutes de temps d’écran dans Rogue One, était plus terrifiant que tous les Sith et autres militaires de pacotille croisés dans cette sinistre aventure. Darth Maul, Grievous et Palpatine sont bien loin. Une histoire est aussi bonne que son méchant est mauvais, dit l’adage ; les héros ne peuvent être véritablement grands que si leur antagoniste est à la hauteur. Ceci explique peut-être cela. Du Premier Ordre, Rian Johnson fait un immense gâchis. Ceux que les crises d’ado de Kylo Ren (désespérant Adam Driver) réjouissent seront ravis. Les autres regretteront les beaux jours du Côté Obscur.  

Le réveil de la Force était un remake sage et poli d’Un nouvel espoir. Et Les derniers Jedi? Eh bien, Les derniers Jedi, vous l’aurez compris, c’est une parodie. Involontaire, semble-t-il. Et c’est bien là le drame. 

 

2/5 


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