Les amateurs de l’inusité seront servis. La compilation Transports: A Trip on Quebec Supersonic Railroads est remplie à craquer de pièces exclusives, cadeau d’une quinzaine d’artistes québécois prêts à ravir les friands de bric-à-brac sonore et d’arrangements disjonctés. Un projet entièrement fidèle à la pensée établie du do it yourself, dirigé par Maxime Robin et Émile Gauthier qui, pour cette occasion, ont cherché à produire la trame d’un voyage supersonique à travers la Belle Province. Un train rapide et bien construit, mais qui rencontre en chemin quelques pentes difficiles à gravir.

Certaines créations se démarquent habilement du lot. C’est le cas de «Floyd Love Bug» d’Absynthesis (Levon Louis), qui conviendrait parfaitement à l’ambiance de n’importe quel restaurant branché dernier cri de New York, sans gêne ni ridicule. De quoi faire rougir d’envie les arrangeurs psychédéliques du coin. On se délecte de «Run», piste offerte par Luwee, membre du groupe local La Structure, qui s’exile ici de son rap engagé et qui surprend par sa maîtrise de l’art de jeter çà et là des bruits électroniques sur un beat rapace classique et régulier. Chapeau aussi à Double D, formellement d’Atach Tatuq, pour son «Blind Monster» simpliste et accessible, mais délicieusement décadent. À ajouter aux incontournables «Jackshit» et «Wait a Minute!», qui mixent d’une belle façon le rap et le hip hop à la technologie.

Mais cette excellence est en partie contrebalancée par la présence de morceaux sans attrait véritable. On pense ici à «A mi-chemin» qui est peut-être accrocheur, mais qui, malheureusement, porte en lui cette étrange impression d’une montée interminable dans un ascenseur bondé d’inconnus ou encore à «Divagabondage» qui se perd un peu dans la mêlée. La dernière minute rattrape un peu la mise, mais ne change rien à la linéarité de l’extrait. Un peu plus de mordant aurait rendu le tout plus agréable, car c’est principalement ce qui fait défaut. Transports manque de consistance. Un bel effort certes, mais qui traduit maladroitement l’idée brillante d’une poussée créatrice qui aurait pu avoir plus de chien. À découvrir malgré tout, question d’encourager le talent bien de chez nous.

3/5