Photo : Claudy Rivard


La semaine dernière, la troupe de théâtre Les Treize présentait la pièce Conte d’hiver 70, écrite en 1991 par Anne Legault et mise en scène par Marjolaine Guilbert.

Anne-Catherine Gagné

Les acteurs, malgré quelques accro­chages ça et là, rendent avec brio le texte fort et particulièrement actuel.

En décembre 1970, dans l’ar­rière-boutique d’un magasin loin de Montréal – dans un décor réaliste tout de bois construit –, les rêves ont du mal à prendre leur envol. La Loi des mesures de guerre fait sentir son em­prise et entraîne l’incompréhen­sion chez Suzanne (Laurence Tremblay), jeune adolescente avide de liberté et de livres, les deux allant de pair. Sa mère (Paméla Dumont) tient le com­merce à bout de bras, comme sa vie entière. Dans l’apparte­ment du haut, tel un refuge, Jo­gues (Dayne Simard) et Hélène (Ariane Lessard) appartiennent aux cellules ayant enlevé James Cross et Pierre Laporte et at­tendent la fin de leur sursis, or­chestrée par l’inspecteur Dieu­megarde (Simon Trudeau).

En bas, Ménaille (Mia Ber­nard-Landry) se tient près de la fournaise et, dans toute sa naïveté, lance à qui veut l’en­tendre que c’est elle qui a tué Pierre Laporte; c’est elle, oui, parce qu’elle n’était pas là pour ne pas le tuer. À ses côtés se trouve un certain Réjean (Pierre-Alexandre Desrape), écrivain, chauffeur de taxi et, selon ses dires, clandestin. On imagine son patronyme avec un sourire en coin. Sur la toile, accrochée à la corde à linge, apparaissent une photo et des pancartes : Ducharme contre la hausse.

Des témoignages sur le mou­vement étudiant entrecoupent le texte original. Ces réflexions semblent parfois appartenir aux deux époques, tout autant que les images de manifestations et d’interventions policières et que les aspirations d’une commu­nauté, petite ou grande. Et c’est le poème Liberté de Paul Éluard, que Suzanne doit apprendre pour l’école, qui sert de fil conducteur à la pièce. Un bien beau fil.

Marjolaine Guilbert offre une relecture de la pièce d’Anne Legault et des événements du printemps, orientée sans aucun doute, mais totalement assumée, réfléchie et magni­fiquement rendue. Au-delà de quelques sourires, souvent provoqués par les mots de Mé­naille, on rit très peu, mais on se lève volontiers à la fin pour applaudir, avec un frisson dans le dos et une boule – d’amer­tume et d’espérance – dans la gorge.