Depuis une semaine, le Théâtre Premier Acte se transforme en appartement chic de style lounge où sont conviés une multitude d’invités (les spectateurs) afin d’assister au party de Sophie.

François Dallaire

On célèbre quoi ? On ne le sait pas, mais toutes les occasions sont bonnes pour fêter. C’est avec cette prémisse que les acteurs introduisent la soirée qui s’annonce bien arrosée.

D’entrée de jeu, La date innove. Le spectateur enlève ses chaussures, enfile des pantoufles et, boisson à la main (puisque c’est un spectacle « apportez votre vin »), se choisit une place dans l’appartement. Les choix sont multiples; banquettes, tapis, tables en rond, poufs, divans, tabourets, ou encore, dans les estrades. L’illusion théâtrale est brisée : l’invité fait partie intégrante du spectacle. L’idée est bonne, et réussie. On se sent la liberté de rire fort, de participer, de se parler entre voisins, de s’intégrer à l’histoire qui nous est racontée. Cette dernière d’ailleurs, c’est celle d’une simple soirée entre amis où s’entremêleront potins et anecdotes tantôt croustillants, tantôt empreints de malaises. Basé sur des faits vécus, le récit propose un éventail de thèmes tels que l’amour, le sexe, la vie, l’avenir. Ceux-ci sont traités sans vergogne et avec beaucoup de vérité, mais d’une manière assez crue.

Les protagonistes, sous la direction du metteur en scène Alexandre Fecteau (Changing room, entre autres), se laissent aller dans un jeu très réaliste, jeune et amusant, mais aussi, poignant et dramatique. On pourra peut-être leur reprocher quelques longueurs, mais en général, les jeunes acteurs sont passionnés et naturels. Ils se servent de ce qu’ils ont sous la main, alcool, nourriture et spectateurs compris, et semblent avoir un plaisir fou à jouer.

Fecteau, avec cette proposition haute en couleurs, tire dans beaucoup de directions sans trop de bavure. Le texte est léger, loin d’être poétique, mais dit ce qu’il a à dire. L’homosexualité et la sexualité sont abordés très franchement, et il faut dire que ce sont des thèmes qui lui réussissent encore une fois. Il est dans sa zone de confort. On pose un regard assez critique de la jeunesse, de la sexualité, de l’amour, et le spectateur n’a d’autre choix que de se regarder en face par rapport à ces thèmes. Il est brusqué, beaucoup, peut-être trop ?

En gros, c’est un spectacle totalement éclaté et original, d’après des idées et des prestations naturelles et vraies, qui nous est donné de voir à Premier Acte jusqu’au 7 avril. Un spectacle d’actualité, bien ancré dans son milieu, qui fera écarquiller bien des yeux, et qui provoque. Bien que le pari soit audacieux, et que parfois on en veuille à l’histoire de ne pas avancer, on peut dire : mission accomplie.

Quoi ? La date

Qui ? Texte : collectif, mise en scène : Alexandre Fecteau

Où ? Théâtre Premier Acte

Quand ? Jusqu’au 7 avril

Crédit photo : Courtoisie, Gabriel Talbot-Lachance