L’expulsion, en France, d’une jeune collégienne tsigane et de sa famille, le 9 octobre dernier, vers le Kosovo, a déclenché une vague d’indignation dans le pays. Cette polémique relance le débat sur la question des Roms en France.

Tout commence le 9 octobre. Leonarda Dibrani, une adolescente rom de 15 ans scolarisée dans un collège de l’Est de la France, est contrainte par la police de quitter l’autobus en pleine sortie scolaire.

Malgré les protestations de sa professeure, l’adolescente est prise en charge par la police et rejoint sa famille, obligée de quitter le territoire français vers le Kosovo.

Polémique et manifestations

Rendue publique le 14 octobre, la nouvelle fait scandale. La polémique oppose ceux qui reprochent au ministre de l’Intérieur français, Manuel Valls, une « politique inhumaine » à ceux qui rappellent que la loi a été appliquée. Le Réseau éducation sans frontière (RESF) dénonce la violence psychologique de ces interpellations en milieu scolaire. Manuel Valls, quant à lui, affirme que « toutes les procédures ont été respectées » dans l’expulsion de la jeune collégienne.

L’expulsion exacerbe les tensions dans le camp socialiste. Le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, appelle à « sanctuariser l’école » pour « que la situation ne se renouvelle pas ». Même si le rapport de l’enquête administrative conclut que l’expulsion de la famille Dibrani est « conforme à la réglementation en vigueur », le gouvernement français est critiqué de tous côtés. Aussi bien par les partisans de la compassion que par ceux de la fermeté.

Les lycéens français se sont également emparés du dossier. Prenant le parti de Leonarda et d’un autre adolescent récemment expulsé, des milliers de jeunes sont descendus dans la rue trois jours d’affilée pour dénoncer ces arrestations jugées abusives.

L’intervention de Hollande

Après cinq jours de polémique, le président français François Hollande a rompu le silence samedi 19 octobre, dans une entrevue télévisée. Selon le chef de l’État, la loi a été « parfaitement respectée ». Il a toutefois annoncé que des instructions seraient données aux préfets pour « prohiber toute interpellation dans le cadre scolaire ».

Pour apaiser les tensions, François Hollande a également proposé à la jeune rom de rentrer en France, mais seule, sans sa famille. « Si Leonarda souhaite poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé », a ainsi fait savoir le chef de l’État.

En cherchant à concilier respect du droit et humanité, le président français a essayé de clore le dossier, sans résultat. L’adolescente a refusé la proposition du chef de l’État. « Je n’irai pas seule en France, je n’abandonnerai pas ma famille. Je ne suis pas la seule à devoir aller à l’école, il y a aussi mes frères et mes sœurs », a-t-elle déclaré.

Des scandales à répétition

La question des Roms en France a fait couler beaucoup d’encre, et ce déjà sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’année dernière, le débat avait été relancé avec la « circulaire du 26 août 2012 », qui balisait les évacuations de campements illicites.

Manuel Valls avait également déclenché une tempête médiatique et politique le mois dernier en mettant en cause la capacité et la volonté d’intégration des 20 000 Roms vivant en France.