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Les étudiants de l’Université Laval partagent leurs salles de cours avec des gens venus de partout dans le monde. Dans le lot, certains arrivent directement d’un camp de réfugié africain. C’est le cas d’Aïsha-Claudine Musoke. Impact Campus est allé à sa rencontre.

Aïsha-Claudine est arrivée à l’entrevue en tenue d’infirmière. Malgré le côté générique et désinfecté de la tenue, on sent la coquetterie de la jeune femme dans ses espadrilles Converse aux lacets tout aussi roses que sa tenue.

Quelques heures plus tard, elle sera dans les corridors d’un hôpital de Québec, occupée à prendre soin de ses patients en soins palliatifs, très loin de son Congo natal ou du camp de réfugiés kenyan où elle a passé deux années.

Le Congo étant en guerre depuis de nombreuses années et la qualité de vie dans le pays étant très basse, elle s’est réfugiée dans un pays voisin, le Kenya. Elle espérait y trouver la paix, mais surtout une chance de poursuivre son éducation dans de meilleures conditions.

La jeune femme est arrivée au Québec le 23 août 2006, aidée par EUMC-Laval, l’entraide universitaire mondiale du Canada. L’organisation, gérée par des étudiants, donne la chance à deux réfugiés par année de venir étudier à l’Université Laval.

L’organisation offre des bourses d’études à des jeunes qui sont motivés à poursuivre leurs études universitaires. Des jeunes qui sont dans des camps de réfugiés au Malawi ou au Kenya.

Ayant déjà vécu l’expérience, l’arrivée de nouveaux étudiants offre à Aïsha-Claudine la chance de donner au suivant.

« Avant leur arrivée, on va s’occuper de leur inscription, de leurs choix de cours. On réserve leurs chambres en résidence. On veut organiser leur arrivée », explique-t-elle. « J’ai vu beaucoup d’étudiants arriver ici, être découragés puis abandonner. Donc, dès qu’ils arrivent je prends la chance d’aller leur parler et de leur dire que c’est important les études et d’appeler s’ils ont des questions»

Loin d’être faciles, ses premiers mois au Québec ont été des moments de grande solitude pour la jeune femme. C’est pourquoi s’impliquer dans l’association est très important pour elle.

C’est avec nostalgie qu’elle raconte son arrivée au Québec. Elle parle d’abord de la fébrilité précédant son départ et de sa joie d’avoir été sélectionnée pour le programme. Elle relate l’accueil chaleureux du comité le jour de son arrivée au Québec. Tout le monde est content et se présente. Ensuite, ils lui ont montré sa chambre de résidence

C’est là que tout le poids du déracinement s’est fait sentir pour la première fois. « Tout le monde part et toi tu es là, tu regardes tes quatre murs et tu te dis ”bon, là l’école commence bientôt”», relate-t-elle.

À ce titre, Aïsha-Claudine garde un souvenir mitigé des résidences de l’Université. Autant elle déplore la petitesse des chambres, autant elle souligne l’apport important de la communauté des résidences lors de son intégration au Québec.

« Les résidences m’ont beaucoup aidé à m’adapter », se rappelle-t-elle. « Ça te permet de rencontrer des gens, de te faire des amis et d’oublier un peu que tu es seule. »

Ces amitiés forgées au fil des rencontres sur le campus sont petit à petit venues briser la solitude de la nouvelle arrivante. Les amis deviennent une seconde famille, un succédané de celle laissée derrière.

Ce sont ces amitiés qui permettent aussi de se remettre du choc culturel qui suit immanquablement l’arrivée d’un réfugié au Québec. Le choc de Aïsha-Claudine a été plus climatique que culturel. Encore une fois, les résidences et les tunnels de l’université lui ont permis de s’adapter.

« J’avais la chance d’avoir les tunnels donc j’allais à mes cours en les prenant. Je sortais à peine dehors, juste pour aller au Métro et revenir», avoue-t-elle. « J’ai fait ça pendant deux ans et puis j’ai appris qu’il fallait sortir pendant l’hiver et faire des sports d’hiver pour mieux m’adapter ».

Ces obstacles sont en fait ce qui a permis à Aïsha-Claudine de passer outre les difficultés de son arrivée.

« Je suis très bien au Québec, mais le système d’éducation est différent, il faut s’adapter et j’avais envie d’abandonner à un moment donné, mais j’ai toujours pensé aux personnes qui n’ont pas eu la chance que moi j’ai eu. Ce serait un gâchis de laisser tomber. J’ai eu la chance de venir ici et de poursuivre mes études. Laisser tomber ce serait vraiment une perte de temps pour tous ceux qui se sont battus pour faire en sorte que je sois là », raisonne-t-elle, la voix enrouée par l’émotion..

 

 « On te prend d’Afrique et on te dépose au Québec et puis bon, il faut s’intégrer. C’est ma nouvelle vie, il faut bien que je l’accepte »

 

Retour de l’enfant prodige

Son statut de réfugiée rendant problématique toute visite au Congo, Aïsha-Claudine a dû attendre 10 ans avant de retourner dans son pays. Maintenant citoyenne canadienne, elle a pu passer 24 jours au Congo l’été passé, une expérience très puissante.

« Je suis retourné au Congo et j’ai revu mes parents et mes petits frères qui sont devenus des hommes », souligne la jeune femme. « Je suis arrivée et c’était plein d’émotions, c’est inexplicable ».

Il est évident que la jeune femme est touchée par le souvenir de sa visite. À travers ses yeux embrouillés par les larmes l’on devine la fierté de ses parents : « Ils sont fiers et bien que j’essaie de rester modeste, je suis heureuse de voir des gens dans mon entourage, ma famille et mes amis qui sont fiers de ce que je suis et de ce que j’ai accompli ».

D’autant plus que le succès qui est le sien au sein du programme de parrainage d’étudiants réfugiés lui permet de mettre en valeur la promotion de l’éducation chez la femme. « Dans de nombreux pays africains l’éducation de la femme est souvent moins importante que celle de l’homme », observe la jeune femme.  « Donc j’ai eu cette chance qu’en tant que femme on me donne cette opportunité de poursuivre mes études et d’avoir accès à l’éducation autant que les hommes. Pourquoi ne pas en profiter et leur dire que je suis capable? »

En regard de l’expérience de Aïsha-Claudine, EUMC a bien raison d’affirmer que l’éducation change le monde. C’est d’ailleurs la leçon que Aïsha-Claudine tire de son expérience : « Des fois il y a certaines personnes qui ont accès à tout et qui prennent tout pour acquis, mais ils devraient juste réaliser la chance qu’ils ont d’avoir accès à l’éducation », énonce-t-elle, inspirée.


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