Québec solidaire a invité deux députées catalanes, que sont Eulàlia Reguant et Anna Gabriel, la semaine dernière à l’Université Laval. Les deux femmes sont revenues sur le référendum en Catalogne au cours d’une conférence de quelques heures, présentée au café-bar Le Fou AELIÉS, mardi le 5 décembre dernier.

D’entrée de jeu, l’animateur de la soirée, Sol Zanetti, chef d’Option nationale, a mentionné son profond respect envers le peuple catalan, qui traverse une crise politique majeure dans le but d’atteindre son indépendance.

« Cette solidarité entre les indépendantistes, elle est essentielle. C’est important qu’on s’auto-influence », indique-t-il, en appelant les forces souverainistes québécoises à s’inspirer de la lutte en Catalogne.

Sur place, d’autres politiciens ont également réitéré leur respect envers le peuple catalan, notamment Amir Khadir et Manon Massé de Québec solidaire, suivis de la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet.

Les deux députées sont revenues rapidement sur les violences qui ont eu lieu le 1er octobre dernier, jour du référendum en Catalogne, où les forces policières espagnoles ont fait preuve de comportements violents, qui ont scandalisé le monde.

Selon Anna Gabriel, le phénomène a démontré le caractère « dictatorial » du gouvernement espagnol, qui n’a su utiliser que la répression violente pour faire taire le mouvement indépendantiste catalan. Les deux femmes ont également dénoncé le silence des hauts dirigeants européens, qui n’ont majoritairement pas condamné publiquement les violences policières.

Ce silence de l’Union européenne a par ailleurs été critiqué par Martine Ouellet, lorsque celle-ci s’est adressée aux deux députés.

« Ma plus grande déception, c’est que j’ai mal à mon humanité, car on a vu le vrai visage de l’Europe […] Si ça se passe en Europe, imaginez ce qui peut se produire ailleurs dans le monde! », a déclaré la députée de Vachon, visiblement troublée par le spectacle à laquelle elle a assisté en se rendant en Catalogne.

Dialoguer…pourquoi?

De nombreux acteurs internationaux, dont Justin Trudeau et Philippe Couillard, ont mentionné leur souhait de voir la situation chaotique se régler par le dialogue. Toutefois, les deux députées de la Catalogne sont d’avis qu’il est impossible de négocier avec le gouvernement espagnol.

« On nous demande de dialoguer…Avec qui? De quoi? Pourquoi? », a mentionné Eulàlia Reguant. Selon elle, le gouvernement espagnol de par ses actions, a perdu toute légitimité et autorité sur la Catalogne.

Les députées catalanes ont d’ailleurs mentionné que le régime espagnol repose sur une philosophie autoritariste, et ce, même depuis la mort du dictateur espagnol Francisco Franco en 1975.

Les institutions espagnoles baigneraient dans cette logique, selon laquelle la Catalogne est une région n’ayant aucun droit de proclamer son indépendance. C’est pourquoi Eulàlia et Anna jugent qu’il est impossible de parler de bonne foi avec ce genre de gouvernement.

Elles ont ajouté que la vision qu’elles ont d’une Catalogne révolutionnaire, de gauche et féministe, ne pourra pas se concrétiser tant et aussi longtemps que la région fera partie de l’Espagne. Les deux députées ont mentionné que les intentions politiques étaient claires, mais que le mandat était légitime, et que l’Espagne a instrumentalisé son projet d’indépendance pour justifier la répression lors de la tenue du référendum.

Une crise politique majeure

D’un œil extérieur, force est de constater qu’il n’y a pas que le résultat du référendum qui a marqué les esprits quand on pense à la Catalogne. La suite des évènements a elle aussi fait place à des rebondissements politiques, qui ont marqué l’imaginaire des observateurs politiques à travers le monde.

Rappelons un peu ce qui s’est passé à la suite de la victoire du OUI, le 1er octobre dernier. Le 10 octobre, le président de la Catalogne, Carlos Puigedemont, a annoncé officiellement l’indépendance de la Catalogne, tout en suspendant le dialogue avec le gouvernement espagnol. Le Parlement de la Catalogne a voté en faveur de l’indépendance, le 27 octobre.

Suite à ce vote en chambre, le gouvernement espagnol a brandi l’article 155 de la constitution pour mettre en tutelle la Catalogne et destituer du même coup le président Puigedemont. Des mandats d’arrestations ont ensuite été lancés contre lui et certains membres de son gouvernement. Actuellement, Carlos Puigedemont est toujours en exil politique à Bruxelles, en Belgique.

La destitution du gouvernement catalan a déclenché des élections générales qui se tiendront le 21 décembre prochain. Les deux députées ont mentionné que bon nombre des députés siégeant au Parlement présentement ne pourront ne pas se représenter à ces élections, les règlements du parti indépendantiste catalan les obligeant à ne faire qu’un mandat de quatre ans afin de ne pas personnaliser les luttes.

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Dans la version papier du 12 décembre 2017 (vol.32 no.14), on aurait du lire au deuxième paragraphe du premier intertitre que « le gouvernement espagnol de par ses actions, a perdu toute légitimité et autorité sur la Catalogne. »

Aussi, dans la dernière phrase de l’article, il est inscrit que c’est la constitution catalane qui interdit de se présenter une seconde fois aux élections. C’est toutefois un règlement de la Candidatura d’Unitat Popular qui le proscrit.