La rue a repris le contrôle du jeu de la chaise musicale politique. C'est elle qui dicte maintenant les conditions dans lesquelles le gouvernement de transition pourra rester en place.

Depuis le départ précipité de l'ancien dictateur Zine El Abidi Ben Ali, en poste depuis 1987, la république tunisienne vit au jour le jour. Dans ce pays rongé par le chômage, où toute opposition politique a été étouffée depuis plusieurs années, c'est un réel souffle révolutionnaire qui pousse des milliers de citoyens à envahir les rues. Il y a quelques jours, ces manifestatons, illégales selon le gouvernement de transition, étaient réprimées avec violence par la police. Accusée à juste titre d'être restée fidèle à l'ancien régime, celle-ci est, depuis vendredi, venue grossir les rangs des manifestants.

Le gouvernement de transition, qualifié de gouvernement «de Ben Ali sans Ben Ali» a essayé tant bien que mal de sauver les meubles. Répondant aux revendications populaires, les ministres ont tout d'abord commencé par démissionner de l'ancien parti au pouvoir. Puis, dans une entrevue retransmise par les télévisions tunisiennes, ce fut au tour du premier ministre Ghannouchi de s'excuser pour les années de répressions. Se présentant comme un simple exécutant vivant constamment dans la peur, il a tenu a assurer qu'il ne se représenterait pas à la fin de la période de transition.

La dernière chanson n'est pas encore jouée que Ben Ali et sa famille devront être redevables des années noires. Il aura fallu sa chute pour que ses anciens alliés, la France et la Suisse entre autres, se rallient du côté de la Justice. Symptomatique de ce revirement à 180 degrés de la communauté internationale, Navy Pillay, juge sud-africaine au Haut commissariat des Nations Unies a dénoncée, elle aussi, les exactions commises sous le règne de Ben Ali. Son dernier allié restant le Lybien Mouammar Kadhafi, il s'en trouve pour souhaiter que le vent de changement franchisse la frontière.