Si les analystes s’entendent pour dire que Facebook et Twitter furent des instruments incontournables de la révolte en cours en Tunisie, c’est à peu près là où s’arrête le consensus car l’ampleur de leur rôle est d’autant plus difficile à mesurer qu’il est pratiquement immesurable. Les médias sociaux offrent une fenêtre de mobilisation inégalée, puisqu’ils permettent d’organiser spontanément d’énormes rassemblements. Cependant, ces nouvelles armes sociales sont à double tranchant car elles permettent aussi de retracer les opposants avec une redoutable efficacité

En Tunisie, une personne sur cinq dispose d’un compte Facebook. Le site, entièrement bloqué en 2008, a été rouvert depuis mais différentes pages sont sujettes à des censures permanentes. Plusieurs utilisateurs de Facebook ont affirmé à Al-Jazeera que l’Agence Tunisienne d’Internet serait même à l’origine de vols d’identité. Confisquant des pages sécurisées, l’Agence aurait forcé les utilisateurs Facebook à utiliser une page non sécurisée pour ensuite intercepter des mots de passe, qui auraient été confiés à des tierces parties pour supprimer les comptes. De son côté, Reporters sans Frontières a confirmé cinq arrestations de blogueurs.

Anonymous, communauté hétéroclite de pirates informatiques qui s’est rendue célèbre par sa défense de Wikileaks, semble s’être ajoutée à l’équation, prêtant assistance à quelque 50 pirates (d’après leurs propres estimations) qui travaillent de l’intérieur contre la censure du régime. Appelée « Opération Tunisie », la campagne d’Anonymous devait d’abord lutter contre la censure de Wikileaks, mais a par la suite épousé la cause tunisienne. Les principaux sites officiels du pays, incluant celui du président, auraient ainsi été attaqués à plusieurs reprises.