Il existe, au municipal en tout cas, et pas partout – on y reviendra – cette petite bête qu’on appelle un colistier. Un colistier – ou une colistière – c’est une personne qui fait campagne dans un district, qui met sa face sur une pancarte et qui va serrer des mains pour se faire élire… dans le but, si victorieux, évidemment, de donner sa place à l’Hôtel de Ville au chef.fe de son parti advenant une défaite de ce dernier dans sa course à la mairie. 

Par François R. Pouliot, Journaliste collaborateur

Le colistier.ère, c’est un peu le plan B, la deuxième chance – et, on va se dire les vraies affaires, parfois la seule chance – qu’a un candidat ou une candidate à la mairie d’accéder au conseil municipal. 

Bien que toutes les municipalités québécoises de plus de 100 000 habitants puissent avoir recours au principe de colistier – c’est inscrit dans la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités –, et ce, depuis plus de 30 ans, seules Québec et Montréal l’ont fait jusqu’à maintenant. 

Mais encore?

Si Jean-François Gosselin, l’ancien chef de Québec 21, a pu quand même devenir conseiller municipal malgré sa défaite le soir du 7 novembre, c’est parce que Manouchka Blanchet s’était tapé le porte-à-porte dans le district de Sainte-Thérèse-de-Lisieux pendant un mois et demi. Ultimement, c’est vis-à-vis son nom à elle que 3 521 personnes ont fait un X dans le petit rond, lui donnant la majorité des voix.

Scénario similaire pour Jackie Smith, cheffe de Transition Québec. Malgré une quatrième place dans la course à la mairie de la Vieille Capitale, elle a quand même décroché un siège au conseil municipal. Grâce à un règlement découlant de la Loi évoquée plus tôt et adoptée par la Ville en 2009 qui « permet au candidat au poste de maire […] de poser sa candidature au poste de conseiller […] conjointement avec un autre candidat », sa colistière Madeleine Cloutier a pu chauffer le terrain pour son élection dans le district de Limoilou.

Les cyniques – moi le premier – diront qu’associer altruisme et politique relève de l’oxymore. Mais force est d’admettre qu’il faut être dévoué en maudit pour accepter de voir sa face et son nom à chaque coin de rue du quartier pendant 50 jours en sachant très bien que, statistiquement parlant, t’as beau arriver premier au fil d’arrivée, la job – sauf exception – ira sûrement à quelqu’un d’autre.

La question se pose : qu’est-ce qui peut bien inciter une personne à être colistier.ère? À être le plan B de quelqu’un?

Pour Madeleine Cloutier, c’était l’idée de « faire entrer une voix progressiste » au conseil municipal, d’élever la lutte aux changements climatiques au rang de priorité de la nouvelle administration municipale. Bref, de faire sortir le vote pour faire entrer Jackie.

Si elle ne se voyait pas nécessairement conseillère, celle qui a obtenu 38 % des voix dans Limoilou est néanmoins satisfaite que le message qu’elle a porté durant la campagne ait résonné auprès des résidents du district. Et qu’il ait assez résonné pour que, et c’est là que se trouve le nerf de la guerre, ça se traduise en votes.

Revenons au dévouement. 

Lorsqu’on demande à Madeleine comment elle mesure le don de soi requis pour être colistière, elle attire plutôt notre attention du côté des bénévoles qui, dans l’ombre, travaillent d’arrache-pied tout au long de la campagne, la sienne et celle des autres candidats. « Les gens qui ne sont pas sur les pancartes… Oh my God! On avait des gens tellement compétents […] et en qui on avait une confiance absolue! »

Des gens qui ne comptent pas leurs heures. Des gens qui, sans visibilité aucune, se donnent corps et âme « pour la cause ». Le don de soi, l’altruisme, en politique, ne serait donc pas nécessairement l’apanage des candidat.e.s, qu’ils soient colistiers ou non. Loin de là.

Angle intéressant… et qui tombe sous le sens. Après tout, à quoi bon mettre son visage sur des coroplastes si on n’a personne pour les accrocher aux quatre coins de la ville?

Il ne faudrait toutefois pas se leurrer : peu importe le palier – fédéral, provincial ou municipal –, il existe un certain intérêt pour un.e militant.e de s’impliquer au sein d’un parti lors d’élections. 

Je veux dire, au-delà de « la cause », l’espoir – ou la promesse – d’obtenir un emploi intéressant à l’issue du scrutin, de faire évoluer sa propre carrière, peut constituer le plus grand des moteurs de l’implication politique. Ce n’est pas l’unique raison, bien entendu, mais c’est une raison qui existe et qui est courante. 

Ceci dit, un.e bénévole devenu directeur.trice de cabinet, un.e candidat.e devenu conseiller.ère, ou encore un.e colistier.ère qu’on remercie avec un emploi bien en vue au sein du parti à la suite des élections, n’a pas moins offert de soi-même, ou n’a pas moins à offrir, aux citoyens pour qui, en bout de ligne, toutes et tous sont redevables.

Dans cette optique, alors oui, altruisme et politique peuvent aller de pair. Au risque de faire sourciller les plus cyniques – moi compris –, j’oserais même dire qu’ils sont indissociables.