Novembre 2019 fut marqué par un « anniversaire » intéressant  : c’est à la fin de ce mois que Blade Runner représente officiellement un univers issu du passé. Les parallèles à faire entre l’univers fictif du film et le nôtre sont très intéressants à étudier, que ce soit au niveau de l’environnement ou au niveau du traitement des femmes. C’est un film qui vieillit bien sur certains aspects, mais sur d’autres un peu moins, et voici pourquoi.

Par Marc-Antoine Auger, journaliste collaborateur

Blade Runner est à la base un livre de Philip K. Dick intitulé Do Androids Dream of Electric Sheep?, publié en 1968. Ridley Scott en fait une adaptation libre pour le cinéma 14 ans plus tard. C’est l’un des premiers écrits dystopiques qui, pour résumer le terme assez simplement, représente des récits futuristes qui visent à mettre de l’avant de manière exagérée les défauts de la société que l’on retrouve à l’époque de la sortie de l’œuvre. On y suit l’histoire d’un groupe de Réplicants mené par le particulièrement cruel et insensible Roy Batty (Rutger Hauer), qui s’évade de la Tyrell Corporation, « l’usine », qui est chargée de les fabriquer. Rick Deckard (Harrison Ford) est ordonné, même si ça ne lui tente pas le moindrement, de les retrouver et de les tuer. Le film a polarisé à sa sortie, certains encensant la complexité du film, les thèmes foisonnants, les images et les effets spéciaux, d’autres déplorant la lenteur et le manque d’action. Malgré tout, le film traverse le temps pour devenir un incontournable de la science-fiction. Près de 40 ans après sa sortie, il est fascinant de constater à quel point les deux univers (l’univers fictif du film, et le nôtre) ne sont pas si loin l’un de l’autre. Évidemment, au premier degré, les différences sont majeures. Il n’y a pas aujourd’hui d’autos qui volent et la ville de Los Angeles n’est pas aussi bétonnée que dans le film. Les ressemblances peuvent se situer plus au « deuxième degré », dans les thèmes par exemple.

Le traitement réservé aux femmes

S’il y a un élément questionnable à propos de ce film-là, c’est le traitement réservé aux personnages féminins. Le personnage le plus important chez les femmes est sans aucun doute Rachel (Mary Sean Young) qui y va d’un rôle de façade pendant une bonne partie du film. À un moment dans le film, elle y va d’un geste d’éclat où elle sauve le personnage principal d’une situation compromettante, mais ça se résume à ça. La scène « d’amour » entre les deux n’en est pas une très convaincante, c’est le moins qu’on puisse dire : c’est une agression sexuelle, carrément. C’est profondément désolant à ce niveau-là. Évidemment, on a facilement constaté que le rôle des femmes dans la société est beaucoup mieux que celui dépeint dans le classique cinématographique. De manière générale, autant dans les films que dans la société de 2020, soit l’ère post #MeToo, les femmes sont évidemment beaucoup plus que des criminelles ou des potiches.

Les autres personnages féminins, celles qui jouent les rôles secondaires, ne se démarquent pas outre mesure. Ce n’est pas parce que tu as un rôle secondaire au cinéma que, nécessairement, tu n’as pas un rôle important, un beau rôle qui peut laisser une marque indélébile sur les spectateurs. On ne les voit que dans des scènes où elles servent à faire valoir les méchants ou à se faire descendre rapidement en étant très peu vêtues. Sur cet aspect, je me dois d’admettre que ce n’est pas un film qui vieillit très bien. Par ailleurs, c’est difficile de croire que le réalisateur de ce film-là est le même qui a fait Thelma & Louise, un classique du cinéma féministe. Certains argumenteront sur le bienfondé du réalisateur derrière le film Thelma & Louise, mais dans l’éventualité où le réalisateur ne voulait pas en faire un film féministe, je trouve que de faire de Thelma & Louise un incontournable du cinéma féministe est la meilleure attaque que l’on peut faire contre lui !

L’environnement

Lorsqu’on regarde le film, il est impossible de ne pas s’attarder sur la question environnementale, un sujet lui aussi d’actualité en 2020. Tout le long du film, on voit très peu le soleil, et dans l’une des seules scènes où on le voit, les personnages sont semi-aveuglés par lui et ne veulent plus le voir. Donc, la très grande majorité du film se passe dans l’obscurité et il pleut des cordes. Los Angeles est une ville reconnue pour ses palmiers, ses belles plages, ses grands espaces verts, son beau soleil, etc., alors que dans le film on a plutôt affaire à une ville bétonnée mur à mur, noire de monde à certains endroits, totalement désertique à d’autres et complètement insalubre. Si l’on compare avec la société dans laquelle on vit présentement, je dois admettre personnellement que je préfèrerais vivre dans un univers comme celui dépeint dans Blade Runner ! La Californie, depuis quelques étés, est souvent en proie à des feux de forêt extrêmes qui n’en finissent plus de finir. S’il pouvait pleuvoir autant que dans Blade Runner, ça les aiderait sans aucun doute. On serait loin d’en parler autant si c’était le cas.

Au bout du compte, là où le film déçoit quelque peu c’est dans son traitement questionnable des personnages féminins. Sur cet aspect, le film n’a pas très bien vieilli, mais sur d’autres aspects, je pense entre autres aux effets spéciaux, aux décors et à la mise en scène, ce sont tous des éléments du film qui ont très bien vieilli. Qu’on soit d’accord ou non avec l’œuvre, ça n’en demeure pas moins un classique de la science-fiction définitivement à découvrir ou à redécouvrir.