Par Sarah-Kate Dallaire, journaliste collaboratrice

Tu me manques. J’aimerais te dire que ton absence occupe chacune de mes pensées, mais tu sais comme moi que c’est faux. Je ne te vois pas partout, je ne pense pas qu’à toi, je ne languis pas ta présence. Mais ton absence me saisit, me paralyse. Je suis immobile, incapable de te voir, incapable de te sentir. Je peux très bien vivre sans toi, mais je ne voudrais connaître la vie sans toi, même si ton absence fait partie de ta présence. Ton absence me plonge dans une obscurité que la lumière ne saurait éteindre. Quand tu pars, l’autre prend ta place. Sa présence remplit le vide de ton absence, mais elle ne peut remplir ce vide intérieur que seul toi peux réparer. Je regarde ces pages blanches que l’autre me laisse et je prie pour que tu me reviennes avant que les mots ne me quittent eux aussi. En ton absence je regarde l’heure sans cesse. Je lève les yeux. Je regarde la neige tomber et te voilà enfin, devant moi, après tout ce temps.   

De par ta beauté tu me coupes le souffle, tu m’éclaires, tu m’inspires. Comme dans une boule à neige, comme un grand ballet de la rue, comme un film qui se déroule sous mes yeux, la lumière orange et chaude du lampadaire illumine la neige qui danse, qui s’élève des toits et qui tombe. Telle une tempête, elle s’envole et virevolte autour de moi. Je suis à la fois dans les gradins et sur la scène de ce spectacle féérique. Je sens la neige sur mon visage, mais je n’ai pas froid, puisque ta présence me réchauffe le cœur et l’esprit. Ta chaleur me fige de glace. Tu me fais vibrer.  

Je danse cette valse en solo, je me sens quitter mon corps, je sens mes pieds qui ne suivent plus ma tête, mes mains qui ne suivent plus mes mots. J’ai tant de choses à dire, mais je suis remplie du silence de ton absence, mes pensées s’entremêlent, mes mots se bousculent, un tourbillon d’idées se forme dans ma tête. 

Quand je regarde l’ensemble, je vois une tempête qui va si vite que si je ferme les yeux, si je la quitte des yeux ne serait-ce qu’une seconde, mon monde s’effondre. Une immensité passe sous mes yeux à la vitesse de l’éclair, mais quand je m’arrête un instant, que je concentre toute mon attention sur une parcelle de cette tempête, tout se calme autour de moi. L’immensité devient l’infiniment petit, la tempête s’arrête et tout est au ralenti. Je suis dans l’œil du cyclone, le calme au centre de la tempête. Tu es le calme au sein de ma tempête. Tu es l’œil de mon cyclone, c’est probablement pour ça que je ne peux te quitter des yeux. 

La musique s’arrête, je veux décrire tout ce que je ressens, chaque sentiment, tout ce que je vois, chaque mirage. J’ai peur d’oublier. Je veux combler ce vide que ton absence m’a légué, ce vide que tu me laisses, que tu crées en moi. J’écris sans me relire. Les pages blanches se remplissent tranquillement. Une page, deux pages, trois pages, dix. Mes idées débordent, je dois choisir ce que j’oublierai, ce que je laisserai de côté, et ce que je laisserai m’échapper lors de ton prochain départ. Le reste, je le garde avec moi en souvenir de ta présence. 

Je vois mon visage réapparaitre dans le reflet de la fenêtre de ma chambre. Je ne sais plus ce qui est vérité et mensonge, fiction et réalité, intérieur et extérieur, mais je te ressens. Sans même te voir, je reconnais ta présence. L’inspiration m’avait quittée pendant si longtemps, mais voilà que tu me reviens. Un cliché sur deux pattes, tu es dans chacun de mes gestes, dans chacun de mes pas. Je danse avec le fantôme de ta présence.   

Tu es mon inspiration. Tu me donnes des ailes. Tu es la singularité qui influence la trajectoire de ma vie. Tu es la mélodie de mes paroles. Mes mots ne m’appartiennent plus. Tu m’absorbes. Simple écrivaine prisonnière de ta présence absente. Je suis esclave de ta présence qui remplit mes pages. Je ne peux écrire sans toi. Tu me remets en cause, me réinventes, me transformes, me métamorphoses. 

Je ne sais plus quoi écrire et j’étire la durée de ta présence, j’étire mes mots. Je ne veux pas te quitter, pas maintenant. Tu es si prêt, ne pars pas. Reste, je t’en prie. Je veux te courir après, mais je reste sur place, je suis figé. Si tu pars, laisses la porte entrouverte, ne pars pas complètement, reste avec moi encore un peu, juste un instant. Reviens-moi. Et si tu pars pour ne plus revenir, merci pour ta présence, merci pour ton absence, merci pour toi, merci pour tout et j’espère à bientôt. 

La condensation forme des goutes qui coulent sur la vitre de la fenêtre. Dans mon reflet, ces lignes se superposent sur celles des larmes qui coulent sur mes joues.  Sans toi je ne suis que fragilité. Ton absence me remplit d’un vide profond, comme le soleil qui attend la lune, comme le ciel qui contemple la mer sans jamais pouvoir l’atteindre, la toucher. J’ai peur de ton absence, mais je peux vivre avec elle. Tu es la nuit de mes jours et le soleil de mes nuits. Même si je te cherche dans la lune, le soleil lui aussi doit revenir. Le soleil se lève à nouveau, les oiseaux chantent. Tu me quittes et mon monde se fige.  

Les mots me quittent, le silence s’empare de moi, et puis plus rien.