Par Jessica Dufour, journaliste multimédia

Fleuve Fraser

Fin février, début mars. Le tumulte. La menace étourdissante des vagues enragées. Leur descente des montagnes où la neige s’éternise. Le canot. D’abord ligoté sur le toit, puis libéré. Deux manœuvres essoufflantes à répéter aller-retour. Les encouragements du boss qui est sûr de sa shot. Des têtes de violon nous attendent, l’autre bord.

Le doute me prend la gorge d’assaut. On ne peut plus revenir en arrière. On se jette à l’eau. Littéralement.

Le canot veut partir avec le courant, attiré par la dérive. Je le sauve de justesse, lui et ses pagaies, pendant que tu atterris en urgence. J’ai déjà les jambes à l’eau. Je n’ai plus de jambes. Le froid métallique dans mes bottes imperméables, gorgées comme deux melons. À vider, une fois sur terre.

Je me suis déshabillée dans le pick up. J’ai trouvé refuge dans un sleeping bag.

Le retour de deux vainqueurs hypothermiques.

Pelorus Bridge

Attaquer l’ascension comme dans un manège. La Nouvelle-Zélande est une montagne-russe.

On s’est baignées une fois dans l’océan, une deuxième dans l’eau douce pour rincer le sel.

Contraste sur ma peau: la lourdeur du soleil et la fraîcheur de l’eau.

On nageait face au courant et au pont. Regardait les touristes nous regarder.

Étendue sur la pierre, j’ai séché trop vite.

Tes cheveux de sirène sillonnaient encore l’écume.

Et pendant que le clapotis léchait mes oreilles

je suis devenue

une carte postale.

Au bas du fleuve

Ne pas résister au vent salin qui déboule dans la chevelure. Se remplir les poumons de sable, d’algues, de mollusques.

Délaisser la route pour les couleurs de l’aurore. Laisser monter la marée des larmes pendant que l’asphalte devient

lames de poudreuse. S’ancrer enfin dans le paysage natal.