Encore cette année, l’industrie de la publicité aura réussi à transporter une bonne partie de la population vers des besoins illusoires et l’enrichissement matériel. À l’occasion de l’annuel vendredi noir, une déferlante s’est pressée dans les centres commerciaux. Ces gens ont relevé d’une pathologie collective à la surconsommation. Le Black Friday, ou la folie des soldes. 

Historiquement, le vendredi fou se tient le lendemain du Thanksgiving aux États-Unis, et constitue le point de départ des achats du temps des Fêtes. C’est aussi l’occasion pour les commerçants de renverser leurs bénéfices, du rouge au noir, et de rembourser de grands investissements étalés sur toute l’année. Sauf que, pendant que les finances sont comblées, c’est toute une planète qui subit l’impact d’un tel phénomène.

L’environnement est forcément l’un des grands perdants de cette folie consumériste. Les 134 millions de personnes qui se sont pressées dans les magasins en 2014 ont alourdi leur empreinte écologique. Les transports, la tendance au suremballage, la gestion horrible des déchets lors du Black Friday versent chaque année dans l’excès et l’abus. 

Le Black Friday, c’est aussi, et avant tout, le piège du consommateur. Derrière l’appât du gain se cachent les combines des publicitaires. Accompagné d’un très bon prix, le piège de la garantie prolongée en attrape plus d’un chaque année. Sur un produit électronique en solde, par exemple, le commerçant ne fera pas un grand profit, prévient Philippe Viel, porte-parole de l’Union des consommateurs, mais il se rattrapera « en essayant de vendre une garantie prolongée ». Depuis 2009, bien que la loi oblige le marchand à renseigner le consommateur des garanties légales qui lui sont accessibles, plusieurs omettent d’en discuter pour vendre une garantie aux prix gonflés.

En participant à l’élan collectif d’une telle folie, nous continuons de propager une tendance à la consommation comme un loisir qui se pratique, qui s’apprécie sans considération extérieure. 59 milliards de dollars ont été dépensés en 2014 en une journée. Une pratique qui semble toutefois être en déclin, connaissant des baisses successives de 5 % depuis 2013.

Des initiatives prennent d’ailleurs le contrepied de cette déferlante. Depuis plus de trente ans, l’Union des consommateurs célèbre annuellement la Journée sans achats, qui se tient à la même date que ce fameux vendredi dingue. Initialement fondée par Adbusters, une fondation américaine anticonsumériste, cette journée est l’occasion pour tous de participer à des activités de sensibilisation sur le gaspillage et sur l’impact planétaire de la consommation.

Gardons en tête que l’acquisition de biens n’est pas néfaste en soit. Elle se révèle souvent utile et nécessaire à une bonne qualité de vie. C’est plutôt l’excès qui engendre bien des impacts sociaux, sur lesquels nous devons collectivement agir.