Un vaste projet de recherche ayant pour but de définir un facteur important des réchauffements climatiques a été lancé par l’UMI Takuvik mercredi dernier. Il s’agit du projet APT – Acceleration of Permafrost Thaw By Snow – Vegetation Interactions.

Alric Pappathomas

Ce projet se penchera sur l’évolution de la fonte du pergélisol, une section du sol contenant plus de deux fois la quantité de carbone déjà présente dans l’atmosphère. Le pergélisol définit un sol qui est constamment glacé; celui-ci occupe plus du cinquième de la surface terrestre mondiale et plus de la moitié de la surface du Canada. Il contient environ 1700 milliards de tonnes de carbones que sa fonte relâcherait en bonne partie dans l’environnement. « Il y a plus de carbone stocké dans le pergélisol que dans les réserves de combustibles fossiles, même si on additionne le charbon, le gaz naturel et le pétrole » affirme M. Florent Dominé, directeur de recherche à Takuvik.

Malgré cela, les modèles de prédiction du réchauffement climatique global tiennent rarement compte du gaz à effet de serre qui est relâché par le pergélisol. Même ceux qui le font ne considèrent pas les effets qu’ont la neige et la végétation sur le réchauffement du sol.

En effet, le réchauffement des hivers entame une augmentation des précipitations de neige, créant une couche isolante qui empêche le sol de se refroidir comme il le devrait. Ainsi, les arbustes nés l’été sont en mesure de survivre à l’hiver. Ils retiennent alors la neige, aggravant le problème d’isolation. De plus, leurs racines vont empêcher le sol de se refroidir aussi facilement, accélérant encore plus la fonte du pergélisol. Considérant ces processus arctiques, le sol se réchaufferait vraisemblablement plus rapidement que prévu et relâcherait alors le carbone qu’il contient.

Ces aspects n’étant aujourd’hui pas pris en compte, même les prédictions actuelles du réchauffement climatique global les plus pessimistes n’iraient pas assez loin. « On peut peut-être se dire que ces prévisions, aussi dramatiques qu’elles soient, sous-estiment […] l’ampleur du réchauffement. D’où la nécessité d’actions», constate M. Dominé.

C’est l’essence même du projet APT. Le premier objectif sera de voir, considérant le réchauffement climatique actuel, comment va évoluer le réchauffement du pergélisol en tenant compte des effets des processus arctiques. Ensuite, le groupe se penchera sur la question de l’avenir du carbone qui serait relâché par la fonte du pergélisol. Va-t-il être émis dans l’atmosphère, ou plutôt se retrouver dans les rivières et océans?

Ainsi, pour la première fois, une prédiction réaliste du réchauffement du pergélisol et de son impact sur le réchauffement climatique global sera proposée.

Afin de réaliser ce projet, Takuvik compte collaborer avec les écoles Inuits en fournissant aux étudiants les connaissances et l’équipement nécessaires pour qu’ils aillent relever des données sur le terrain. Ils seront ainsi au courant des enjeux que ces réchauffements imposeraient sur leur communauté, la première touchée par la fonte du pergélisol.

Le projet APT, soutenu financièrement par la fondation BNP Paribas, est coordonné par l’UMI Taluvik, une unité mixte internationale issue d’un partenariat entre l’Université Laval au Canada et le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) en France. Elle vise à mieux comprendre l’incidence des perturbations environnementales sur les écosystèmes arctiques, marins et terrestres.