Le transport de semences d’espèces de plantes qui peuvent s’avérer invasives est l’un des problèmes engendrés par les voyages intercontinentaux. C’est l’une des principales menaces à la biodiversité. L’Antarctique, malgré ses conditions extrêmes, est aussi exposé à ce danger, selon les résultats d’une étude récente.

André-Philippe Drapeau Picard

L’achalandage en Antarctique  est considérable. Annuellement, on recense environ 33 000 touristes et 7 000 scientifiques, et les chiffres vont en augmentant. Sans en être nécessairement conscients, ces visiteurs transportent avec eux des semences d’espèces végétales. À destination, ces dernières peuvent évidemment quitter leur transporteur pour se retrouver en sol antarctique. L’équipe de scientifiques menée par Steven Chown, de la Stellenbosch University en Afrique du Sud, a cherché à connaître l’ampleur du phénomène.

Pour cela, les chercheurs ont passé l’aspirateur dans le matériel de 853 individus. On comptait parmi ceux-ci des scientifiques, des touristes et du personnel de l’équipage des bateaux servant au voyage. Au total, ils ont trouvé près de 2 700 graines. La quantité de graines transportée par tous les visiteurs cette année-là est évaluée à 71 000, avec une moyenne de 9,5 par personne.

Bien que quelques espèces, comme le pâturin annuel (Poa annua), aient réussi à s’établir en Antarctique, peu de graines y germent, étant donné le climat très froid. Les rares plantes invasives qu’on y trouve sont confinées à l’ouest de la péninsule Antarctique. Par contre, avec les présents changements climatiques, la situation pourrait bien vite devenir différente. Plusieurs modèles climatiques prévoient un adoucissement des températures en ces endroits. De plus, l’analyse des graines recueillies par les chercheurs de l’étude montre qu’elles originent pour la plupart d’endroits presque aussi froids que l’Antarctique. Cela laisse supposer que plusieurs espèces potentiellement envahissantes pourront s’établir et s’étendre dans les régions côtières de l’Est et celles de la mer de Ross.

Même si le nombre de graines transportées involontairement en territoire 
Antarctique est considérable, Steven Chown souligne que des moyens simples peuvent être pris pour contrer 
la contamination de ce continent froid. Par exemple, les voyageurs pourraient passer leur matériel à l’aspirateur, comme les scientifiques l’ont fait pour obtenir leurs 
résultats. Aussi, l’endroit 
d’où proviennent les navires qui mouillent en Antarctique devrait être pris en considération. Les bâtiments entreposés à l’extérieur, eux, sont plus sujet à porter des semences. Au fil du temps, il sera 
intéressant de suivre les changements qui s’opéreront 
en Antarctique.

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