« Sustaining Forest, Sustaining People, The Role of Research ». C’était le thème d’un important congrès forestier à Salt Lake City, Utah, rassemblant des scientifiques de toutes origines autour du large thème. Organisé par l’IUFRO du 5 au 11 octobre dernier, ce congrès a attiré près de 4000 forestiers, dont 400 étudiants, et a également été l’hôte des rencontres annuelles de la Society of american foresters (SAF) et de l’Institut forestier canadien (IFC). Cinq étudiants en foresterie à l’Université Laval ont assisté à cet événement, afin de partager leur compréhension avec la communauté universitaire.

François Beaulieu

Au travers des nombreuses plénières, conférences et présentations du congrès, plusieurs grands noms de la recherche forestière ont su expliciter les enjeux actuels de la forêt mondiale. Certains sont bien connus de tous, comme la déforestation ou les changements climatiques. D’autres, moins connus, n’en sont pas moins problématiques. C’est le cas notamment de la conversion de forêt naturelle en plantation de monoculture. Ce phénomène est fréquent dans les pays tropicaux où la production de masse de produits d’alimentation (canne à sucre, cacao, huile de palme) ou d’arbres à croissance rapide (eucalyptus, pin radiata) est beaucoup plus rentable que la production de bois ou la conservation. À titre d’exemple, un hectare de forêt naturelle en Malaisie peut s’acheter 500 US$, alors que cette même superficie vaut jusqu’à 25 000 US$ lorsque converti pour la production d’huile de palme !

La communauté scientifique s’inquiète donc des services écologiques qui sont perdus lors de la dégradation forestière et de la déforestation : perte de biodiversité, moins grande résistance aux maladies et aux insectes, diminution du stockage de carbone. On parle de plus en plus de faire payer aux industriels et aux producteurs pour des services écologiques perdus. Alors, comment évaluer la valeur monétaire d’une perte de qualité de l’eau ? Ou encore celle d’une diminution des populations d’insectes pollinisateurs ?

Il s’agit d’un simple exemple reflétant tous les défis que comporte la gestion de la forêt. Il ne s’agit pas toujours de l’éternel débat entre le développement économique et la préservation de l’environnement. La recherche forestière tente plutôt de trouver l’équilibre entre des pratiques saines et un rentabilité nécessaire.

Après tout, l’humain ne pourra jamais se dissocier complètement de la forêt. Elle est source d’innombrables biens et services (eau, nourriture, médicaments, combustibles, matériaux), elle a servi à bâtir des civilisations et sert encore d’habitat à plusieurs peuples.

La forêt est au cœur des solutions aux problèmes environnementaux. Par exemple, l’utilisation du bois comme matériau de construction, grâce à son stockage de carbone, est une solution concrète pour la lutte aux changements climatiques. L’exploitation forestière est un moteur économique et social, et il revient aux acteurs de la forêt d’en faire un modèle de développement durable. Le titre du congrès lui-même le suggère : Sustaining people, sustaining forests.

Heureusement, les horizons commencent à s’élargir. Industriels, fonctionnaires, plaisanciers et autochtones, biologistes, économistes et politiciens; des gens de tous azimuts s’impliquent dans la gestion intégrée de la forêt. Les organisations et initiatives impliquées fusent de toutes parts. En même temps, des milliers de scientifiques se consacrent à l’étude de la forêt (le congrès de l’IUFRO en a accueilli à lui seul plus de 3500). Le potentiel est énorme selon les experts qui étaient présents, mais toujours faut-il en profiter. Au Québec, on peine toujours à mettre les Québécois au diapason… La difficulté à coordonner les efforts mondiaux en est donc plus difficile!

C’est donc ici qu’entre en jeu des organisations de réseautage comme l’IUFRO. Encourager et permettre le réseautage, stimuler le partage des résultats de recherche mettre en évidence le dialogue.

Voilà le défi qui est posé à la communauté internationale.


 

L’IUFRO EN BREF

International Union of Forest Research Associations (IUFRO) est un réseau mondial de coopération en sciences forestières. Sa mission est de promouvoir la coopération, sensibiliser, diffuser les connaissances et éclairer la prise de décision en matière de politiques forestière. L’union compte plus de 700 organisations membres, situées dans plus de 110 pays, se rencontrant sur une base volontaire à tous les cinq ans. Le prochain congrès mondial de l’IUFRO se tiendra en 2019 dans la ville de Curitiba, au Brésil.