Dans les dernières semaines, un débat, vieux d’une dizaine d’années, est ressorti dans l’actualité scientifique. Plusieurs études tentent de redonner le statut de planète à Pluton. Pourquoi certains astronomes sont-ils prêts à s’arracher la chemise (pas tant que ça) pour rendre les lettres de noblesse au satellite déchu?

Hugo Martel, professeur de physique à l’Université Laval, reste de glace : « Selon les critères actuels qui définissent qu’est-ce qui est une planète, Pluton ne satisfait pas les exigences. Il faudrait qu’on modifie la définition pour que ça redevienne une planète ».

La définition de planète a changé plusieurs fois au cours de l’histoire.

« Au début, on classait tout ce qui tournait autour du Soleil comme une planète. C’était avant qu’on découvre les ceintures d’astéroïdes qui orbitent, eux aussi, autour du Soleil. On s’est donc posé la question, tous ses milliers d’objets sont-ils des planètes? Évidemment, non. Il a fallu changer la définition. Il y a désormais trois éléments auxquels un astre doit répondre avant d’être classé comme une planète », raconte M. Martel.

Parlons-en des critères qui définissent quel astre peut prétendre être une planète. Quels sont-ils?

Les scientifiques ne s’entendent pas tous sur la définition exacte des termes, mais en général ce sont ces trois critères-ci qui sont généralement acceptés comme référence.

Premièrement, l’objet orbite autour du Soleil. « L’astre doit absolument tourner autour du Soleil, ça reste toujours là », relate le professeur de physique.

Deuxièmement, l’objet doit être sphérique. Hugo Martel explique que : « Si l’on regarde la Terre, Mars et Mercure, on voit que ce sont des sphères, mais les astéroïdes, souvent, ce sont des objets qui ont des formes un peu plus compliquées à décrire ». Il ajoute que l’aspect sphérique d’une planète a été mis en place pour éliminer les astéroïdes.  « Au-dessus d’une certaine masse, les objets sont toujours sphériques à cause de la gravité. Ce serait impossible qu’un objet de la masse de la Terre soit en forme de cube ».

Troisièmement, il faut qu’une planète nettoie son orbite. C’est cette exigence-là que Pluton n’arrive pas à remplir. Aujourd’hui, le système solaire est très différent de ce qu’il ressemblait à sa genèse. Lorsqu’il s’est formé, des milliards de petits débris se trouvaient un peu partout dans le système solaire. « Quand une planète se déplace sur son orbite autour du Soleil, s’il y a des débris, des objets de plus faible masse sur la même orbite, la planète va ramasser tout ça [les débris]. Tous ces objets vont finir par s’agglutiner sur la planète », décrit Hugo Martel. Pluton satisfait les deux premières conditions. En revanche, elle ne satisfait pas la troisième, ajoute-t-il du même souffle.

« Il est clair que Pluton n’a pas encore nettoyé son orbite. Il le fera peut-être éventuellement, mais ça prendrait encore des milliards d’années ».

Un débat qui n’en finit plus de finir

Nostalgie ou humour, plusieurs raisons sont évoquées pour tenter de restituer le statut de 9e planète à Pluton. Le choix final d’exclure la petite dernière du système solaire fut pris, en 2006, par L’Union Astronomique Internationale (UAI). Depuis ce temps, une panoplie d’astronomes cherchent à recréer le fameux acronyme « Mon vieux tu m’as jeté sur une nouvelle planète ». Les plus fervents défendeurs de l’objet relégué au rang de planète naine stipulent que trop peu d’astronomes ont pu se prononcer sur la décision ultime. Seulement 424 des 13 000 membres de l’UAI ont voté lors du référendum.

Aussi, l’excuse « américaine » fut envisagée par certains détracteurs du débat. Pluton demeure la seule planète (au moment où il était encore appelé planète) découverte par un Américain, Clyde Tombaugh, en 1930. Certains bienpensants avancent que la persistance de certains astronomes proviendrait du fait que les Américains, par chauvinisme, veulent garder leur seule découverte de planète. M. Martel ne semble pas partager cette théorie. « Je ne crois pas qu’il y ait de chauvinisme, faudrait leur demander par contre, pour être sûr », dit-il sourire en coin.

Pour finir, M. Martel croit que cette histoire n’est qu’une tempête dans un verre d’eau. « Ça ne change pas grand-chose que Pluton soit une planète, ou pas. C’est juste une question de nomenclature, il n’y a pas de quoi en faire un drame ».