Le témoignage du comédien Benoit Cliche, atteint d’une tumeur au cerveau, a suscité beaucoup d’émotions et d’intérêt pour l’auditoire qui était présent à la conférence « Cancer, Parkinson et Alzheimer : les avancés de la médecine », organisée par la Chaire publique de l’ÆLIÉS le 29 janvier dernier.

Jonathan Baronet

La Dre Siham Sabri, qui l’accompagnait, est chercheuse principale à l’Institut de recherche du Centre Universitaire de santé McGill et coordonnatrice de l’équipe de médecins qui s’occupe de Benoit. Elle était là pour parler des traitements permettant de traiter le type de cancer dont souffre Benoit.

« Ce qui m’a fait découvrir que j’avais le cancer du cerveau, ça s’est passé le 1er juillet 2012. À ce moment-là j’étais déménagé à Montréal, et je travaillais à la Ronde. J’ai fait une crise d’épilepsie pour la première fois de ma vie, et c’était sur une scène », a lancé le comédien Benoit Cliche pour introduire la soirée.

Lorsqu’il était sur scène en train de faire un spectacle pour enfants, il s’est mis à dire n’importe quoi et à être soudainement très stressé. C’était lors d’une journée très chaude d’été. Il dit avoir pensé qu’il avait eu un « coup de chaleur ». Une ambulance est venue le chercher tout de suite. Les ambulanciers l’on endormit et lorsqu’il s’est réveillé,  sa première chirurgie avait déjà eu lieu. C’était sept jours plus tard. On lui a appris à ce moment qu’il avait le cancer du cerveau, le « Glioblastome ».

Une tumeur dans son cerveau était située dans la zone de la parole et de la mémoire. « J’ai été chanceux qu’ils puissent m’opérer, car souvent les tumeurs au cerveau sont inopérables. Ça faisait à peu près six à sept mois que la tumeur était en train de grossir. Je suis devenu très bizarre pendant que la tumeur grossissait. Je me fâchais beaucoup et je pleurais beaucoup », a témoigné Benoit.

Le type de tumeur dont il souffre est une tumeur très maligne. La faire disparaître au complet semble pratiquement impossible. Benoît a subi trois chirurgies en un an et demi. Il a accepté avec plaisir de participer à l’essai clinique de la Dre Siham Sabri.

Les tumeurs du « Glioblastome » sont très « angiogéniques ». C’est-à-dire qu’ils créent de nouveaux vaisseaux sanguins très rapidement. Ainsi, les cellules cancéreuses se déplacent d’une zone à une autre du cerveau très facilement. La chirurgie est donc difficile ou impossible lorsqu’il y a des zones multifocales de tumeurs.

Les traitements standards actuels du « Glioblastome » sont la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. La chimiothérapie consiste à utiliser un « agent alkylant » qu’on appelle le « Temozolomide ».

Une étude a comparé des patients ayant subi uniquement la radiothérapie avec des patients ayant subi la radiothérapie accompagnée du « Temozolomide ». Cette étude a démontré que les patients qui ont reçu le « Temozolomide » avec la radiothérapie ont gagné 3 mois de plus de survie comparativement à ceux qui ont reçu uniquement la radiothérapie. Une différence qui est considérée comme étant significative.

D’autres recherches ont été faites sur le fait que certains patients ne répondent pas au « Temozolomide ». Ils ont observé qu’il y avait une différence entre les patients qui répondent au traitement et ceux qui n’y répondent pas. Cette différence est que ceux qui n’y répondent pas manifestent l’expression d’une protéine appelée « MGMT », tandis que ceux qui y répondent ne manifestent pas cette expression.

La protéine « MGMT » répare les lésions qui sont induites par le « Temozolomide ». Ainsi, lorsque des patients expriment la protéine « MGMT », les lésions induites par le « Temozolomide » se réparent et ces patients ne peuvent pas répondre favorablement au traitement. Benoît était « MGMT positif ». Il n’a donc pas profité des bénéfices possibles avec le « Temozolomide ».

Une autre stratégie de traitement est d’utiliser des inhibiteurs d’« angiogenèse ». Dans son essai clinique, Mme Sabri a utilisé un médicament anti-angiogénique appelé « Sunitinib ». Elle et son équipe se sont posé la question à savoir quelle réponse ils obtiendraient en combinant le « Sunitinib » avec le « Temozolomide ».

Les résultats ont montré que les cellules qui manifestent l’expression du « MGMT » répondent plus au « Sunitinib » que les cellules qui ne manifestent pas l’expression du « MGMT ». Il serait donc utile de faire des essais cliniques de traitements anti-angiogénique en ciblant la population de patients qui expriment la protéine « MGMT ».