Pour les recherches de son mémoire de maîtrise en communication publique, Anne-Marie Pilote s’est rendue en Afrique de l’ouest à deux reprises. Une première fois au Burkina Faso, en 2009, et une deuxième fois, plus tôt cette année, au Bénin. L’augmentation de l’accessibilité à Internet se produit de manière très lente. Un plus grand accès à la toile produit des histoires à succès, mais ne répondra pas à tous les problèmes du continent.

Olivier Roy-Martin

Une progression «fulgurante» dans les cafés du Bénin et du Burkina Faso. Anne-Marie Pilote raconte comment une femme, qui vendait des produits textiles au marché du village, s’est servie du Web pour augmenter de façon significative son revenu. En se servant de la toile, elle a pu passer des commandes à des clients auxquels elle n’aurait pas pu avoir accès. Régler ses factures par SMS et se munir d’un compte bancaire en ligne lui permettait aussi d’accomplir ses tâches quotidiennes.

Mme Pilote explique que le mari de la commerçante a bien fini par se rendre compte que sa femme contribuait beaucoup plus à la richesse familiale que lui. Une situation génératrice de tensions, selon Mme Pilote, dans un pays où l’homme est normalement pourvoyeur de la famille et décide combien il donne d’argent par semaine à la femme au foyer. Voyant qu’elle pouvait désormais vivre sans son mari, la commerçante de textile, qui se faisait battre par son mari, a demandé le divorce et elle a conservé la garde de ses enfants.

Autre réussite, cette fois au Mali, où Internet favorise l’émergence d’une démocratie plus délibérative, indique Anne-Marie Pilote. Sur le web, citoyens engagés ou journalistes dénoncent la corruption. Avec un meilleur accès à Internet, certains ont aussi accès aux articles des grands quotidiens occidentaux sur la corruption dans leur propre pays.

La présidente de l’Association de Communication de deuxième cycle (AC2C) de l’université Laval raconte également que la connaissance représente aussi une barrière au domaine du triple W. Anne-Marie Pilote explique que quand le fonctionnement d’un ordinateur est étranger à une personne, celui d’Internet l’est encore plus. Si une personne doit investir une bonne partie de son salaire mensuel pour du temps d’utilisation dans un café Internet, un téléphone ou un ordinateur portable, elle ne sera pas tentée de délier les cordons de sa bourse pour un service qu’elle ne connait pas.

Sur un continent où certaines écoles enseignent l’informatique dans des classes dépourvues d’ordinateur, Anne-Marie Pilote soutient que le travail pour une meilleure pénétration d’Internet doit se faire en parallèle avec l’amélioration de la qualité de l’enseignement. L’accès à la toile se résume donc à être l’un des outils du changement, et non son maître d’œuvre.