Le 17 mars, Catherine Flynn et Christophe Levesque présentaient leurs conclusions basées sur deux études dans la webconférence femmes et itinérance perspective régionale sur l’accès au logement à la sortie d’un contexte de violence. Leur analyse féministe qui s’effectue hors des grands centres urbains (re)met en lumière le contexte particulier des sans-abris en milieu rural en plus d’examiner les causes qui affectent particulièrement les femmes et les contraignent à un dilemme entre situation familiale violente et itinérance.

Par Ludovic Dufour, chef de pupitre société

Constatant d’une part que la grande majorité des études sur l’itinérance se concentraient sur les milieux urbains et d’une autre part que les statistiques sur l’égalité homme femme en milieu rural étaient particulièrement inquiétantes les expert.e.s ont décidé d’explorer les problématiques de l’itinérance féminine dans les régions du Québec. Ces études avaient d’abord comme objectif de décloisonner la perception de l’enjeu alors que la majorité des politiques sur le sujet traitent la problématique de manière urbaine et masculine. Ensuite, voyant un lien clair entre itinérance féminine et violence faite aux femmes, aborder ce sujet dans les régions où cette violence était la plus présente semblait naturel aux chercheur.euse.s.

Car oui, les femmes victimes de violence sont surreprésentées dans les régions rurales du Québec. De plus, c’est aussi dans ces régions que l’on constate le plus grand écart avec le salaire des hommes. Par exemple, sur la Côte-Nord, le revenu médian des femmes est de 56% celui des hommes. Or, cet écart crée souvent une dynamique de dépendance dans le couple et cette dépendance est accrue par certains développements régionaux.

C’est la pratique du Spatial fix qui retient ici particulièrement l’attention des expert.e.s. Ce concept vise à faire des investissements, créer des infrastructures et des institutions qui visent à concentrer le capital dans un endroit dans le contexte de compétition globalisée. Dans le cas du Québec, on cherche à garder les entreprises sur le territoire en réduisant au minimum les couts de production, ce qui aide à la création d’emplois. On peut penser aux projets de développement d’aluminium ou de création d’énergie verte.

Ces mesures économiques ont un effet direct sur les femmes, et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, elles créent des emplois bien rémunérés, mais traditionnellement masculins. Bien que certaines femmes tentent de briser la norme, plusieurs ont vécu du sexisme en le faisant et ont même été agressées sexuellement. Les femmes se retrouvent donc devant l’impossibilité d’avoir accès à ces emplois. Deuxièmement, ces emplois se font souvent par navettage, ce qui demande aux femmes de prendre sur elles toutes les tâches familiales. Elles quittent donc leur emploi pour s’occuper de la famille alors que l’homme part pour de longues périodes, ce qui accentue leur dépendance économique. Troisièmement, ces nouveaux emplois à haut revenu tendent à augmenter le cout des logements.

Les femmes victimes de violence se retrouvent donc dans une situation impossible avec peu de sources de revenus, mais des loyers exorbitants à payer si elles veulent fuir leur situation. Malheureusement, plusieurs témoignages recueillis reflètent cette réalité et certaines ont dû habiter des logements insalubres. D’autres se résignent au statu quo violent.

On relève ici le manque d’accès aux logements sociaux dans les régions. S’ils sont disponibles, ils sont parfois éloignés du lieu d’emploi, ce qui pose de nouveaux problèmes, surtout si l’on ne possède pas de voiture. La garde d’enfant peut également apporter de nouvelles difficultés.

Les chercheur.euse.s constatent donc que le développement économique des régions se fait non seulement aux profits des hommes, mais en défaveur des femmes les plus vulnérables, ce qui inclut les femmes en situation de handicaps, temporaires ou permanents, qui semblent être davantage touchées par ces problèmes. Iels en concluent que des investissements pour des logements sociaux sont une nécessité, qu’il faut repenser ces développements hors d’une perspective seulement industrielle, qu’il faut trouver des pistes de solutions qui ne se centrent pas sur les récits individuels de celles qui ont réussi à s’intégrer au milieu traditionnellement masculin et que la lutte contre la violence faite aux femmes ne peut s’opérer hors d’une lutte contre le système capitaliste.