Cette année encore, nous encourageons vos habitudes de consommation afin de promouvoir la littérature québécoise, dans toute sa merveilleuse diversité. Impact Campus vous présente douze œuvres à repérer en librairie, à dévorer par la suite et à se remémorer avec nostalgie pour un moment. Bonne lecture!
Par Emmy Lapointe, rédactrice en cheffe, et Léann Laquerre, chef aux Arts et à la culture
Les suggestions d’Emmy
Ici par Hasard – Carolanne Foucher
Olga, André et Macha se réunissent au chalet familial, un an après le suicide de leur sœur Irène, pour répandre cérémonieusement ses cendres dans la nature. Un coup de vent inattendu vient cependant gâcher le moment et, en retournant à l’intérieur, ils découvrent une Irène mystérieusement revenue d’entre les morts, ravie de les revoir. La dernière pièce de Carolanne Foucher s’inscrit dans un réalisme magique et permet ainsi d’aborder le thème épineux du suicide avec une justesse déstabilisante tout en offrant des fenêtres d’humour pour respirer. Une pièce à lire d’une traite dans une soirée de fin d’été et rouvrir une fois novembre arrivé.
Papa, j’ai peur quand tu oublies – Florent Michaud
Récit autothéorique intime sur l’Alzheimer précoce.
Dans ce court texte, Florent Michaud s’interroge sur l’effet de l’oubli, sur les traces qu’il laisse et sur le désastre qu’il annonce. En une trentaine de pages, le livre arrive à tenir un pari risqué, celui d’allier le discours intellectuel à des thèmes aussi intimes que peuvent être la maladie cognitive et la peur d’y être confronté.
Avant de brûler – Virginie DeChamplain
Quand vient l’effondrement du monde, sous l’effet des déluges, des canicules et des incendies, deux femmes se rencontrent dans une forêt que les loups ont reconquise. Virginie DeChamplain maîtrise la construction du récit comme peu d’auteur.ices. Son roman post-cataclysme met en scène sororité, acceptation et révolte dans une poésie qui lui est maintenant reconnaissable.
Pleurer à La Senza – Maxime Desmeules
Pleurer à La Senza propose une poésie en prose qui interroge les normes sociales pesant sur les personnes féminisées, la difficulté d’habiter un corps très tôt scruté, contrôlé. La honte est sans l’ombre d’un doute l’un des sujets les plus difficiles à aborder, parce que par essence, on la souhaite indicible, inaudible. Pourtant, les anecdotes poétiques du recueil n’ont pas tant pour effet d’exposer son autrice que de rassembler sous le couvert d’une guérison en petit groupe.
Patience – Juliette Bernatchez
Portant les marques du silence et de la pudeur, Patience raconte la relation de soi aux autres, relatée en une pluralité de moi qui nous pose en contraste. Si je me suis peu reconnue dans les mots de Juliette Bernatchez, j’ai eu l’impression d’y voir apparaître des amies proches et d’avoir accès à leur expérience comme je n’aurais jamais pu autrement. Le titre du recueil semble aussi refléter le temps qu’il fallut pour l’écrire alors que tous les vers sont des petites perles que l’on croit pouvoir échapper si on manipule le livre trop brusquement.
Côte-Nord : une visite guidée sur la 138 – Guillaume Hubermont
L’animateur et chroniqueur Guillaume Hubermont vous conduit de villes en villages, de Tadoussac à Kegaska. Il s’arrête ici et là pour discuter avec les Nord-Côtiers, se souvenir d’événements marquants, relever des traditions singulières et faire des recommandations culturelles, au rythme du fleuve qui s’étire et de la forêt qui devient taïga. Sans ne rien vouloir enlever à la Gaspésie, je trouve parfois qu’elle éclipse sa voisine d’en face. Mais le livre de Guillaume Hubermont nous la révèle tranquillement, au fil des kilomètres de la très longue, très belle et parfois très déprimante 138. On y (re)découvre les traditions, les traits marqués de la Côte-Nord à la fois industrielle et sauvage tout en apercevant des replis de modernités néo régionales.
Les suggestions de Léann
Les Falaises – Virginie DeChamplain
De son île-lit dans le salon, V. tente de se réconcilier avec des femmes qui ne sont plus, plongeant dans journaux intimes, rêveries du passées et poèmes oubliés afin de dompter le chaos que le deuil lâche en elle. Intense, cru et salin, le récit compose dans un élan d’anachronismes doux la complexité des liens filiaux.
La mère des larves – Maude Jarry
L’envie de bébé des autres vire la vie de Sarah en misère temporaire alors qu’elle tente de faire voir aux médecins qu’elle consulte qu’elle n’invente pas ses atroces douleurs abdominales, sans succès. Juste assez d’horreur médicale pour redouter le gynéco, juste assez d’humour acerbe pour que l’horreur ne me dérange pas et une quantité parfaite de finale vindicative pour compenser ma frustration de lectrice.
Le jeu de la musique – Stéphanie Clermont
Recueil de nouvelles organiques et anachroniques où la tragédie, grande et quotidienne, prépare le terrain à l’espoir et le bonheur. En se promenant d’une enfance franco-ontarienne à une maison de squatteurs en Californie, en passant par la vie étudiante de Montréal, Stéfanie Clermont propose des fragments à lire séparément, ou d’une traite, pour aborder les drames de tous avec une douceur humaine bien vivante.
Quand je ne dis rien je pense encore – Camille Readman Prud’homme
Recueil de poésie explorant l’enfermement de soi, de la parole et de l’observation de ce que l’on perçoit chez soi, chez les autres. Camille Readman Prud’homme prend l’intime banal de son environnement, du quotidien, pour aborder l’universel impression d’être seule. L’impression idéale de lire ce roman au moment où il m’est tombé dans les mains, de la bibliothèque d’une autre, à la fin du printemps, et d’adopter son autrice comme une de ces « écrivaines dont les textes m’ont fait croire qu’elles devinaient mon cœur. » À lire, par fragments dépareillés, au hasard.
Poudreuse – Sophie Lalonde-Roux
Loup-Antoine a le malheur de jamais vraiment avoir eu l’envie de vivre très forte. Quand sa mère le met dehors, que son idylle amoureuse se naufrage dans la profondeur de son mal-être et de ses excès, et que le métro l’appelle un peu trop, il s’exile au bout du bout de la Gaspésie. Je dois avouer l’avoir écouté en revenant de la Gaspésie, question d’être thématique, et de m’être arrêtée au bord de la vingt à deux reprises pour gérer mes émotions, comme une conductrice responsable. Sophie Lalonde-Roux anime avec une prose brusque et poignante un récit de résilience et d’acceptation, sans omettre des moments de poésie et d’espoir à son pauvre petit Loup.
Un nouveau jour – Jean-Philippe Baril-Guérard
Pièce de théâtre. Le Québec est souverain! Célébrons avec le comité d’organisation du spectacle inaugural de notre tout nouveau, tout beau pays : un documentariste de gauche un peu snob, une animatrice vedette en retard pour aller chercher ses enfants, un jeune concepteur publicitaire arrogant et américanisé de tout côté et une universitaire franco-ontarienne réfugiée au Québec en raison du climat hostile de l’ancien pays mère. Satire très légitime sur la question de la construction identitaire québécoise, décriant l’envie si prenante d’avoir une culture commune et un discours nationaliste rassembleur (ou pas. Exclure, c’est rassembleur aussi, non?), la pièce ne répond aucunement à la question Qu’est-ce qu’être québécois? , mais au moins, elle montre les mauvaises réponses.


