Le processus de légalisation de la marijuana entraine des réactions dans la grande majorité des sphères de la société, et l’Université Laval n’y échappe pas. L’établissement a fait entendre au gouvernement ses recommandations qui pourraient faciliter l’encadrement de la consommation de cannabis sur les campus universitaires.

Comme l’ensemble des paramètres entourant la légalisation de la marijuana au Canada ne sont pas encore connus, la direction de l’Université Laval n’a pas l’intention d’attendre et semble vouloir des garanties du gouvernement sur certains points précis concernant les limites de consommation.

La direction échafaude donc petit à petit son plan de sensibilisation sur le cannabis et a publié un rapport gouvernemental lors d’une séance de consultation publique, il y a quelques semaines. Dans ledit document, l’administration fait état des nombreux défis qui attendent les établissements universitaires après la légalisation.

L’Université Laval a soulevé quatre recommandations qui devraient être prises en compte par le gouvernement Trudeau, afin de faciliter le travail d’encadrement des universités.

Une recommandation à la fois

La première recommandation est que l’État doit « prendre en compte des défis d’un encadrement universitaire », spécialement lorsqu’on considère le nombre d’étudiants à sensibiliser, ainsi que le « nombre élevé d’activités sociales à surveiller » pour éviter tout débordement pouvant nuire à la dynamique du campus.

L’équipe de Sophie D’Amours demande aussi une « collaboration gouvernementale afin de mettre en place les meilleurs outils possible en matière de sensibilisation et d’éducation des jeunes » en ce qui concerne la consommation abusive. Le mot d’ordre : encourager la consommation responsable de cannabis.

À l’instar des règlementations sur la consommation de tabac et d’alcool, l’Université souhaite également que des balises claires soient indiquées afin de fixer les lieux où il sera permis de consommer cette drogue dans les lieux publics.

L’institution demande aux gouvernements Trudeau et Couillard l’implantation d’une « marge de manœuvre » afin d’imposer des restrictions additionnelles qui prendraient en compte les différents types d’espace que l’on retrouve au sein d’une université : salles de classe, laboratoires, résidences, centres sportifs, etc.

Afin que son message soit entendu correctement et pris avec sérieux de la part de la population étudiante, l’Université souhaite que le gouvernement rende disponible « des données probantes » sur la consommation de cannabis. On veut ultimement que les étudiants se fassent une juste idée des conséquences de l’abus de cette drogue.

Offrir son expertise

Souhaitant s’impliquer, la direction de l’UL a fait savoir aux deux paliers de gouvernement qu’elle n’était pas seulement là pour lui soumettre une liste de recommandations, mais aussi pour lui offrir « un soutien scientifique lors de l’élaboration du plan de légalisation ».

« De nombreux enjeux découlant de la légalisation du cannabis nécessitent des connaissances dans de nombreux champs disciplinaires. Pensons notamment à l’apport de la psychologie, du travail social, des sciences de l’éducation, du droit, des communications publiques, de la médecine, de la pharmacie et de plusieurs autres », explique la porte-parole de l’UL, Andrée-Anne Stewart.

Celle-ci ajoute que l’Université Laval possède une expertise forte dans tous ces domaines, autant en volet formation qu’en volet recherche. Bon nombre de chercheurs travaillent actuellement sur des projets associés aux enjeux liés à la consommation de la marijuana dans un contexte légal à Québec, au CHUL notamment.

Plus loin encore, certaines facultés proposent « la mise en place d’un pôle d’expertise sur le sujet », afin de donner au Québec un véritable leadership scientifique en ce qui concerne le développement des connaissances et des outils d’interventions en lien avec cette nouvelle réalité.

Notons que l’établissement a également soumis une liste de certains de ses chercheurs en la matière dans son rapport gouvernemental.

Ni tabou, ni banal

Au Canada, la légalisation ne laisse personne indifférent. mais elle ne doit pas sombrer dans le pessimisme généralisé lorsqu’il est question de consommation. Celle-ci existe déjà de toute manière, toutes tranches d’âges confondues, selon François Carrier, intervenant en travail social dans la Vieille Capitale.

« On ne parle pas ici d’une drogue dont la consommation est tabou, la preuve étant que rares sont ceux qui se cachent de fumer ou d’avoir fumer du pot au Québec », a-t-il ajouté.

En entrevue, François lance quelques idées pour mieux encadrer la consommation de cannabis dans les universités. Il espère, de prime abord, que l’âge légal sera maintenu à 21 ans et plus afin de limiter l’abus de consommation chez les jeunes, « dont le développement du cerveau n’est pas terminé ».

Comme pour la cigarette, il espère qu’il sera interdit de fumer à une certaine distance de touts bâtiments et que la consommation de marijuana sur le campus ne sera « tolérée uniquement qu’à la fin de toutes les heures de cours sur le campus », c’est-à-dire après 21h30.

Rappelons que la légalisation du cannabis devrait se faire d’ici le mois de juillet 2018. Le projet de loi déposé par le gouvernement Trudeau devra toutefois obtenir l’approbation du Sénat d’ici là.

Au Québec …
  • 31,7% des jeunes adolescents et 41,7% des jeunes adultes se déclarent consommateurs de cannabis.
  • 9,8% des citoyens québécois disent en consommer, ce qui est en-deça de la moyenne canadienne de 12,3%.
  • 46% des Québécois sont favorables à la légalisation. Ce chiffre est de 54% pour le Canada en entier.